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Exemples de travail (2)

 

 

Extraits du Voyage en Orient, Gérard de Nerval (1808-1855)
Texte parallèle (texte bilingue français/anglais)

BurqaSéjour en Egypte

 

 

 

 

 

Le lendemain, dès le point du jour, je partais avec Abdallah pour le bazar d’esclaves situé dans le quartier Soukel-ezzi. J’avais choisi un fort bel âne rayé comme un zèbre, et arrangé mon nouveau costume avec quelque coquetterie. Parce qu’on va acheter des femmes, ce n’est point une raison pour les faire peur. Les rires dédaigneux des négresses m’avait donné cette leçon. Jean Léon Gérôme The following day, at daybreak, I set off with Abdullah for the slave market in the Souk el-Ezzi district. I had chosen a very beautiful donkey striped like a zebra, and arranged my new costume with some style. When going to buy a woman, there is no need to make her afraid of you. The scornful laughter of the black women had already taught me that lesson.
  Gustav Bauernfeind  
Nous arrivâmes à une maison fort belle, ancienne demeure sans doute d’un kachef ou d’un bey mamelouk, et dont le vestibule se prolongeait en galerie avec colonnade sur un des côtés de le cour. Il y avait au fin un divan de bois garni de coussins, où siégeait un musulman de bonne mine, vêtu avec quelque recherche, qui égrenait nonchalamment son chapelet de bois d’aloès. Un négrillon était en train de rallumer le charbon du narghilé, et un écrivain cophte, assis à ses pieds, servait sans doute de secrétaire. We arrived at a very beautiful house, no doubt the former residence of a kachef or a mameluke bey, with an entrance hall that formed a colonnaded gallery along one side of a courtyard. At the far end, there was a wooden divan furnished with cushions, where sat a good-looking, elegantly dressed Muslim, telling a rosary of aloe-wood beads. A negro boy was relighting his nargileh pipe, and a Coptic scribe, seated at his feet, was no doubt acting as secretary.

 

Nargileh

« Voici, me dit Abdallah, le seigneur Abd-el-Kérim, le plus illustre des marchands d’esclaves : il peut vous procurer des femmes s’il le veut ; mais il est riche et les garde souvent pour lui. » Abd-el-Kérim me fit un gracieux signe de tête en portant la main sur sa poitrine, et me dit saba-el-kher. Je répondis à ce salut par une formule arabe analogue, mais avec un accent qui lui apprit mon origine. Il m’invita toutefois à prendre place auprès de lui et fit apporter un narghilé et du café.

 

“This” said Abdullah, “is the noble Abd-el-Kerim, our most distinguished slave merchant. He can obtain women for you if he wants, but he is very rich and often keeps them for himself”. Abd-el-Kerim saluted me with a graceful movement of his head while bringing his hand to his chest, and said “Saba-el-kher” [good morning]. I responded with an equivalent expression in Arabic but my accent gave away my origins. All the same, he invited me to sit beside him, and had a nargileh and coffee brought for me.

« Il vous voit avec moi, et ça lui donne bonne opinion de vous. Je vais lui dire qui vous venez vous fixer dans le pays, et que vous êtes disposé à monter richement votre maison. » Les paroles d’Abdallah parurent faire une impression favorable sur Abd-el-Kérim, qui m’adressa quelques mots de politesse en mauvais italien. Le figure fine et distinguée, l’œil pénétrant et les manières gracieuses d’Abd-el-Kérim faisaient trouver naturel qu’il fît les honneurs de son palais, où pourtant il se livrait à un si triste commerce. Il y avait chez lui un singulier mélange de l’affabilité d’un prince et de la résolution impitoyable d’un forban. Il devait dompter les esclaves par l’expression fixe de son œil mélancolique, et leur laisser, même les ayant fait souffrir, le regret de ne plus l’avoir pour maître. Il est bien évident, me disais-je, que la femme qui me sera vendue ici aura été éprise d’Abd-el-Kérim. N’importe ; il y avait un fascination telle dans son regard, que je compris qu’il n’était guère possible de ne pas faire affaire avec lui.

Ludwig Deutsch

“He sees you with me, and that gives him a good opinion of you. I’m going to say to him that you have just established yourself in this country, and that you want your home to be luxurious.” Abdullah’s words seemed to make a favourable impression on Abd-el-Kerim, who said some courteous words to me in broken Italian. His fine, distinguished face, penetrating eye and graceful manners made it seem only natural that he should welcome me to the palace where he carried out such a grim trade. I found in him a strange combination of princely affability and the ruthless determination of a pirate. He had to dominate slaves by the fixed gaze of his melancholy eye, and leave them, even after making them suffer, to regret that he was no longer their master. It is clear, I said to myself, that the woman who is sold to me will already be taken with Abd-el-Kerim. No matter. His gaze was so hypnotic that I felt I had no choice but to deal with him.

  Cour  

La cour carrée, où se promenaient un grand nombre de Nubiens et d’Abyssiniens, offrait partout des portiques et des galeries supérieures d’une architecture élégante ; de vastes moucharabys en menuiserie tournée surplombaient un vestibule d’escalier décoré d’arcades moresques, par lequel on montait à l’appartement des plus belles esclaves.

Beaucoup d’acheteurs étaient entrés déjà et examinaient les noirs plus ou moins foncés réunis dans le cour ; on les faisait marcher, on leur frappait le dos et la poitrine, on leur faisait tirer la langue. Un seul de ces jeunes gens, vêtu d’un machlah rayé de jaune et de bleu, avec les cheveux tressés et tombant à plat comme une coiffure du moyen âge, portait au bras une lourde chaîne qu’il faisait résonner en marchant d’un pas fier ; c’était un Abyssinien de la nation des Gallas, pris sans doute à la guerre.

 

Around all sides of the square courtyard, in which many Nubians and Abyssinians were walking about, there were porticos and upper galleries of elegant design. A staircase ornamented with rows of Moorish arches and overhung by vast moucharabiehs or perforated screens of turned wood led up to the apartment of the most beautiful slaves.

Many buyers had already arrived and were examining the more or less dark-skinned negros in the courtyard. They made them walk, struck them on the back or chest and had them put out their tongues. One of these young people, wearing a yellow and blue striped machlah, with braided, flattened hair like something from the Middle Ages, wore a heavy chain on his arm which he made ring as he walked about proudly. He was an Abyssinian of the Galla people, no doubt taken in the war.

Il y avait autour de la cour plusieurs salles basses, habitées par des négresses, comme j’en avais vu déjà, insoucieuses et folles la plupart, riant à tout propos ; une autre femme cependant, drapée dans une couverture jaune, pleurait en cachant sa visage contre une colonne du vestibule. La morne sérénité du ciel et les lumineuses broderies que traçaient les rayons du soleil jetant de longs angles dans la cour protestaient en vain contre cet éloquent désespoir ; je m’en sentais le cœur navré.

 

Around the courtyard were several low rooms, occupied by black women like those I had already seen, carefree, wild and always laughing. However another woman, wearing a yellow mantle, hid her face against a column of the entrance hall and wept. The flat tranquillity of the sky and the bright patterns traced in the courtyard by low-angled rays of sun did nothing to undermine her eloquent despair. I felt as if my heart would break.

Je passai derrière le pilier, et, bien que sa figure fût cachée, je vis que cette femme était presque blanche ; un petit enfant se pressait contre elle à demi enveloppé dans le manteau. Quoiqu’on fasse pour accepter la vie orientale, on se sent Français... et sensible dans de pareils moments. J’eus un instant l’idée de la racheter si je pouvais, et de lui donner la liberté.
« Ne faites pas attention à elle, me dit Abdallah ; cette femme est l’esclave favorite d’un effendi qui, pour la punir d’une faute, l’envoie au marché, où l’on fait semblant de vouloir la vendre avec son enfant. Quand elle aura passé ici quelques heures son maître viendra la reprendre et lui pardonnera sans doute. »

 

I walked behind the pillar and, although her face was hidden, I saw that the women was almost white. A small child clung to her, half hidden in her mantle. However much I tried to immerse myself in the life of the Orient I was still a Frenchman... and sensitive to such moments. The idea flashed upon me that I would buy her if I could, and give her her freedom.
“Pay no attention”, said Abdullah. “This woman is the favourite slave of an effendi who, to punish her for some offence, has sent her to the market, where she will appear to be offered for sale with her child. When she has spent a few hours here, her master will come and take her back, and doubtless forgive her.”

Ainsi la seule esclave qui pleurait là pleurait à la pensée de perdre son maître ; les autres ne paraissaient s’inquiéter que de la crainte de rester trop longtemps sans en trouver. Voilà qui parle, certes, en faveur du caractère des musulmans. Comparez à cela le sort des esclaves dans les pays américains ! Il est vrai qu’on Égypte c’est le fellah seul qui travaille à la terre. On ménage les forces de l’esclave, qui coûte cher, et on ne l’occupe guère qu’à des services domestiques. Voilà l’immense différence qui existe entre l’esclave des pays turcs et celui des chrétiens.

 

So the only slave who was crying, was crying at the thought of losing her master. The others seemed worried only by the fear of staying too long without one. And this speaks volumes in favour of the Muslim character. Compare this with the plight of slaves in the Americas! In Egypt, it is only the fellahin who work on the land. Slaves are costly and are treated with care. They do hardly anything other than domestic tasks. That is the immense difference which exists between the slaves of Turkish countries and those of Christian lands.

Abd-el-Kérim nous avait quittés un instant pour répondre aux acheteurs turcs ; il revint à moi, et m’a dit qu’on était en train de faire habiller les Abyssiniennes qu’il voulait me montrer. « Elles sont, dit-il, dans mon harem et traitées tout à fait comme les personnes de ma famille ; mes femmes les font manger avec elles. »

 

Abd-el-Kerim had left us for a moment to speak to Turkish buyers. He came back and told me that the Abyssinian women he wanted to show me were being dressed. “They are”, he said, “in my harem and treated as members of my family. They take their meals alongside my wives”.

 

Abd-el-Kérim vint me rejoindre, et me fit monter dans la maison, Abdallah resta discrètement au pied de l’escalier. Dans une grande salle aux lambris sculptés qu’enrichissaient encore des restes d’arabesques peintes et dorées, je vis rangées contre le mur cinq femmes assez belles, dont le teint rappelait l’éclat du bronze du Florence ; leurs figures étaient régulières, leur nez droit, leur bouche petite ; l’ovale parfait de leur tête, l’emmanchement gracieux de leur col, la sérénité de leur physionomie leur donnaient l’air de ces madones peints d’Italie dont le couleur a jauni par le temps. C’étaient des Abyssiniennes catholiques, des descendantes peut-être du prêtre Jean ou de la reine Candace.

 

Abd-el-Kerim came to me and took me upstairs. Abdullah stayed discreetly at the foot of the stairs. In a large room with carved wood panelling enriched by traces of painted and gilded arabesques, I saw lined up against the wall five rather lovely women, whose skin glinted like the bronzes of Florence. Their features were symmetrical, their noses straight and their mouths small. The perfect oval of their heads, the graceful curve of their necks and their serene features gave them the appearance of painted Madonnas of the Italian school, darkened by time. They were Abyssinian Catholics, perhaps descendants of Prester John and Queen Candace.

Le choix étaient difficile ; elles se ressemblaient toutes, comme il arrive dans ces races primitives. Abd-el-Kérim, me voyant indécis et croyant qu’elles ne me plaisaient pas, en fit entrer une autre qui, d’un pas indolent, alla prendre place près du mur.

Je poussai un cri d’enthousiasme ; je venais de reconnaître l’œil en amande, la paupière oblique des Javanaises dont j’ai vu des peintures en Hollande ; comme carnation, cette femme appartenait évidemment à la race jaune. Je ne sais pas quel goût de l’étrange et de l’imprévu, dont je ne pus me défendre, me décida en sa faveur. Elle était fort belle du reste et d’un solidité de formes qu’on ne craignait pas de laisser admirer ; l’éclat métallique de ses yeux, la blancheur de ses dents, la distinction des mains et la longueur des cheveux d’un ton d’acajou sombre, qu’on me fit voir on ôtant son tarbouch, ne laissaient rien à objecter aux éloges qu’Abd-el-Kérim exprimait en s’écriant : Bono ! Bono !

 

The choice was difficult; they all looked alike, as happens with these early races. Abd-el-Kerim saw my indecision. Thinking I liked none of them, he summoned another woman who went with indolent step to take her place against the wall.

I cried out enthusiastically; I had recognised the almond eye and slanting eyelid of the Javanese women I had seen in Dutch paintings. As to her complexion, it was clear that she belonged to the yellow race. I don’t know what inclination towards the exotic and unexpected made me decide in her favour. She was very beautiful. I unhesitatingly admired her figure, the metallic glint of her eyes, the whiteness of her teeth, and the elegance of her hands. Her fez was taken off so I could see her long hair of a dark mahogany colour. I had nothing to set against the eulogy expressed by Abd-el-Kerim as he cried out “Bono! Bono”.

Nous redescendîmes et nous causâmes avec l’aide d’Abdallah. Cette femme était arrivée la veille à la suite de la caravane, et n’était chez Abd-el-Kérim que depuis ce temps. Elle avait été prise toute jeune dans l’archipel indien par des corsaires de l’imam de Mascate.

« Mais, dis-je à Abdallah, si Abd-el-Kérim l’a mise hier avec ses femmes...

- Eh bien ? » répondit le drogman en ouvrant des yeux étonnées. Je vis que mon observation paraissait médiocre.

« Croyez-vous, dit Abdallah, entrant enfin dans mon idée, que ses femmes légitimes le laisseraient faire la cour à d’autres ?... Et puis un marchand, songez-y donc ! Si cela se savaient, il perdrait toute sa clientèle.» C’était une bonne raison. Abdallah me jura de plus qu’Abd-el-Kérim, comme bon musulman, avait dû passer la nuit en prières à la mosquée, vu la solennité de la fête du Mahomet.

 

We went back down and discussed the matter with Abdullah’s help. The woman had arrived the previous day with the followers of the caravan, and had been with Abd-el-Kerim for that much time only. She had been captured in the Indian archipelago while still very young, by the corsairs of the Imam of Muscat.
“But”, I said to Abdullah, “if Abd-el-Kerim put her with his wives yesterday...”
“Well?” replied the dragoman, wide-eyed with amazement. I saw that my comment had been in poor taste. “Do you think”, said Abdullah, finally getting the idea “that his legitimate wives would let him make up to other women?... And a merchant, too, the idea! If word got about, he would lose all his customers.” That was a good reason. Abdullah swore to me that, furthermore, Abd-el-Kerim like all good Muslims must have spent the entire night in prayer at the mosque, given the solemn importance of the Prophet’s birthday.

Il ne restait plus qu’a parler du prix. On demanda cinq bourses (625 francs) ; j’eus l’idée d’offrir seulement quatre bourses ; mais, en songeant que c’était marchander une femme, ce sentiment me parut bas. De plus, Abdallah me fit observer qu’un marchand turc n’avait jamais deux prix.

Je demandai son nom... j’achetais le nom aussi, naturellement - Z’t’n’b’ ! dit Abd-el-Kérim. - Z’t’n’b’ ! r é p é ta Abdallah avec un grand effort de contraction nasale. Je ne pouvais pas comprendre que l’ éternuement de trois consonnes répresentât un nom. Il me fallut quelque temps pour deviner que cela pouvait se prononcer Zetnëby. Nous quittâmes Abd-el-Kérim, après avoir donné des arrhes, pour aller chercher la somme qui reposait à mon compte chez un banquier du quartier franc.

 

It remained only to fix a price. He asked five purses (625 francs). I thought of offering four purses but it seemed rather squalid to haggle over a woman. In any case, Abdullah told me that a Turkish merchant never has two prices.

I asked what her name was... I was buying her name too, naturally. “ Z’t’n’b’ ! ” said Abd-el-Kerim. “ Z’t’n’b’ ! ” repeated Abdullah, greatly contracting his nose as he did so. I could not understand how sneezing three consonants could amount to a name. It took me some time to realise that it could be pronounced Zetnabia. We left Abd-el-Kerim, having paid a deposit, to go and get the balance from my account with a banker in the Frankish quarter.

 

Le soir même, je ramenais triomphalement l'esclave voilée à ma maison du quartier cophte. Il était temps, car c'était le dernier jour du délai que m'avait accordé le cheick du quartier. Un domestique de l'okel [khan ou caravansérail] la suivait avec un âne chargé d'une grande caisse verte.

Abd-el-Kérim avait bien fait les choses. Il y avait dans le coffre deux costumes complets. « C'est à elle, me fit-il dire, cela lui vient d'un cheick de la Mecque auquel elle a appartenu, et maintenant c'est à vous. »

On ne peut pas voir certainement de procédé plus délicat.

Burqa

That very evening, I triumphantly brought the veiled slave back to my home in the Coptic quarter. It was high time, because it was the last day of the time allowed me by the sheik of the quarter. A servant from the okel [khan or caravanserai] accompanied her, leading a donkey which carried a large green trunk.

Abd-el-Kerim had managed everything with taste. The case contained two entire costumes. He said “It is hers, given to her by the sheik of Mecca to whom she belonged, and now it is yours”. The affair could not have been managed with greater tact.

 

Quand le dîner fut prêt, Mustapha cria du dehors : « Sidi! ». Je sortis de la chambre, et il me montra la casserole de terre contenant une poule découpée dans du riz.
« Bono! bono! » lui dis-je, et je rentrai pour engager l’esclave à remettre son masque, ce quelle fit. Mustapha plaça la table, posa dessus une nappe de drap vert, puis, ayant arrangé sur un plat sa pyramide de pilau, il apporta encore plusieurs verdures sur de petites assiettes, et notamment des koulkas découpés dans du vinaigre, ainsi que des tranches de gros oignons nageant dans une sauce à la moutarde. Ensuite il se retira discrètement.

 

When dinner was ready, Mustapha called out “Sidi!”. I came out and he showed me an earthenware casserole of chicken joints in rice.
I said «Bono ! Bono ! » and went back in to get the slave to put on her burka, which she did. Mustapha set out the table, covered it with a green tablecloth and then, having placed a pyramid of pilau on a serving dish he also brought several little plates of greens, including sliced quolkas in vinegar, as well as slices of salad onions swimming in a mustard sauce. Then he withdrew discreetly.

Je fis signe à l’esclave de prendre une chaise - j’avais eu la faiblesse d’acheter des chaises - elle secoua la tête, et je compris que mon idée était ridicule à cause du peu de hauteur de la table. Je mis donc des coussins à terre et je pris place en l’invitant à s’asseoir de l’autre côté ; mais rien ne put la décider. Elle détournait la tête et mettait la main sur sa bouche: « Mon enfant, lui dis-je, est-ce que vous voulez vous laisser mourir de faim? ». Je sentais qu’il valait mieux parler, même avec la certitude de n’être pas compris, que de se livrer à une pantomime ridicule. Elle répondit quelques mots qui signifiaient probablement qu’elle ne comprenait pas, et auxquels je répliquai: «Tayeb» [très bien] - C’était toujours un commencement de dialogue.

 

I motioned to the slave to sit in a chair - I had been weak enough to buy chairs - but she shook her head. Realising that my idea was ridiculous because the table was so low, I placed cushions on the ground. I took my place at the table, inviting her to sit on the other side, but nothing would induce her to do so. She turned her head aside and covered her mouth with her hand. “My child”, I said to her, “do you want to die of hunger?” I thought it would be best to speak, even knowing she did not understand me, rather than carry out a ridiculous pantomime. She said several words which probably indicated that she did not understand, and I replied “Tayeb” [very well]. It was, at any rate, the start of a dialogue.

Lord Byron disait par expérience que le meilleur moyen d’apprendre une langue était de vivre seul pendant quelque temps avec une femme; mais encore faudrait-il y joindre quelques livres élémentaires, autrement il est bien difficile de retenir des mots sans les écrire, et l’arabe ne s’écrit pas avec nos lettres - ou du moins ces dernières ne donnent qu’une idée imparfaite de la prononciation. Quant à apprendre l’écriture arabe, c’est une affaire si compliquée, à cause des élisions, que le savant Volney avait trouvé plus simple d’inventer un alphabet mixte, dont malheureusement les autres savants n’encouragèrent pas l’emploi. La science aime les difficultés, et ne tient jamais à vulgariser beaucoup l’étude; si l’on apprenait de soi-même que deviendraient les professeurs?

 

Lord Byron said from experience that the best way to learn a language is to live with a woman for some time, but some basic books are also necessary. Also, it is quite difficult to remember words without writing them down, and Arabic uses a different alphabet, or at least ours gives only a very imperfect idea of the pronunciation. As for learning Arabic script, this is so complicated because of the elisions that Volney the orientalist found it easier to invent a combined alphabet, which unfortunately was not adopted by other scholars. Scholars love difficulties and are never much interested in making learning accessible to others. If people could learn for themselves, what would become of the teachers?

Après tout, me dis-je, cette jeune fille née à Java suit peut-être la religion hindoue ; elle ne se nourrit sans doute que de fruits et d’herbages. Je fis un signe d’adoration, en prononçant d’un air interrogatif le nom de Brahma; - elle ne parut pas comprendre. Dans tous les cas, ma prononciation eût été mauvaise sans doute. J’énumérai encore tout ce que je savais de noms se rattachant à cette même cosmogonie; c’était comme si j’eusse parlé français. Je commençais à regretter d’avoir remercié le drogman; - j’en voulais surtout au marchand d’esclaves de m’avoir vendu ce bel oiseau doré sans me dire ce qu’il fallait lui donner pour nourriture. Je lui présentai simplement du pain, et du meilleur qu’on fit au quartier franc; elle dit d’un ton mélancolique : Mafisch ! mot inconnu dont l’expression m’attrista beaucoup.

 

After all, I said to myself, this young girl from Java may perhaps be Hindu, in which case she would eat only fruit and vegetables. I made as if to pray, saying the name of Brahma in a questioning way - she seemed not to understand. No doubt my pronunciation was poor. I recited all the names I could remember from that religion but I might as well have been speaking French. I began to regret having let the dragoman leave. Above all, I was annoyed with the slave dealer for having sold me this lovely golden creature without telling me what to give her to eat. I set some plain bread in front of her, better than they make in the Frankish quarter. She said “Mafisch!” in a melancholy tone of voice, which depressed me considerably.

 

Mme Bonhomme accepta avec toute la grace et toute la patience possibles le rôle d’interprète entre l’esclave et moi. Il y avait du monde dans la salle de lecture, de sorte qu’elle nous fit entrer dans un magasin d’articles de toilette et d’assortiment, qui était joint à la librairie. Au quartier franc, tout commerçant vend de tout.

Pendant que l’esclave étonnée examinait avec ravissement les merveilles du luxe européen, j’expliquais ma position à Mme Bonhomme qui, du reste, avait elle-même une esclave noire à laquelle de temps en temps je l’entendais donner des ordres en arabe.

 

Madame Bonhomme accepted, with the greatest possible grace and patience, the role of interpreter between the slave and myself. There were some people in the reading room, so she took us into a shop next to the bookshop, which sold toilet articles and mixed goods. In the Frankish quarter, every trader sold everything. While the slave, astonished and delighted, examined all the marvels of European luxury, I explained the position to Madame Bonhomme. In any case she owned a black girl herself, to whom from time to time I had heard her give orders in Arabic.

Mon récit l’intéressa ; je la priai de demander à l’esclave si elle était contente de m’appartenir. « Aioua ! » répondit celle-ci. A cette réponse affirmative, elle ajouta qu’elle serait bien contente d’être vêtue comme une Européenne. Cette prétention fit sourire Mme Bonhomme, qui alla chercher un bonnet de tulle à rubans et l’ajusta sur sa tête. Je dois avouer que cela ne lui allait pas très bien; la blancheur du bonnet lui donnait l’air malade. « Mon enfant, lui dit Mme Bonhomme, il faut rester comme tu es; le tarbouch te sied beaucoup mieux. »
Et, comme l’esclave renonçait au bonnet avec peine, elle lui alla chercher un tatikos de femme grecque festonné d’or, qui, cette fois, était du meilleur effet. Je vis bien qu’il y avait là une légère intention de pousser à la vente - mais le prix était modéré, malgré l’exquise délicatesse du travail.

 

My story interested her. I begged her to ask the slave if she was happy to belong to me. The girl replied “Aioua!”. To this positive exclamation she added that she would be very happy to dress as a European. Madame Bonhomme smiled at this and went to find a tulle bonnet with ribbons, which she set on her head. I have to say that it did not really suit her; the whiteness of the bonnet made her look ill. “My child”, Madame Bonhomme said to her, “you must stay as you are. You look much better in a fez”.
As the slave gave up the bonnet reluctantly, she went to find her a tatikos [a lower version of the fez] worn by Greek ladies, with gold scalloping which, this time, suited her better. I could see that Madame Bonhomme was pushing lightly for a sale - but the price was moderate despite the exquisite delicacy of the workmanship.

Certain désormais d’une double bienveillance, je me fis raconter en détail les aventures de cette pauvre fille. Cela ressemblait à toutes les histoires d’esclaves possibles, à l’Andrienne de Térence [D'origine berbère, réduit en esclavage alors qu'il est encore enfant. Vendu à un sénateur romain, rapidement affranchi, il fréquente dès lors la haute société et écrit des comédies], à Mlle Aïssé [princesse circassienne, réduite à l'esclavage par les Turcs à l’âge de quatre ans, achetée par l'ambassadeur de France à Constantinople, un homme corrompu mais qui lui fit donner une brillante éducation. Introduite plus tard dans le monde, elle y connut de grands succès de beauté. Ses lettres furent publiées avec des notes de Voltaire] - il est bien entendu que je ne me flattais pas d’obtenir la vérité complète. – Issue de nobles parens, enlevée toute petite au bord de la mer, chose qui serait invraisemblable aujourd’hui dans la Méditerranée, mais qui reste probable au point de vue des mers du sud... Et d’ailleurs, d’où serait-elle venue ? Il n’y avait pas à douter de son origine malaise. Les sujets de l’empire ottoman ne peuvent être vendus sous aucun prétexte. Tout ce qui n’est pas blanc ou noir, en fait d’esclaves, ne peut donc appartenir qu’à l’Abyssinie ou à l’archipel indien.

 

Now on two counts I was confident of Madame Bonhomme’s goodwill, and I had her find out in detail the poor girl’s adventures. It was like all the stories of slavery ever written, like Andria by Terence [a Berber by birth, enslaved by the Romans while still a child, he was sold to a Roman senator, soon became a freeman, and spent the rest of his life as a comic poet in high society] or like Charlotte Aïssé [a Circassian princess enslaved by the Turks at the age of four and sold to the French ambassador in Constantinople, who was a depraved man but arranged for her to receive a brilliant education. She was later taken up by French society because of her beauty. Her letters were published with notes by Voltaire]. Of course I did not expect to get the entire truth. Born of noble parents, she was kidnapped from the seashore while still very young, which would be hard to believe today in the Mediterranean but is still quite probable in the south seas... And anyway, where did she come from? She was certainly of Malay origin. Subjects of the Ottoman empire cannot be sold under any circumstances. All slaves who are not white or black must therefore be either from Abyssinia or the Indian archipelago.

  Ludwig Deutsch  

Elle avait été vendue à un cheik très vieux du territoire de la Mecque. Ce cheik étant mort, des marchands de la caravane l’avaient amenée et exposée en vente au Caire. Tout cela était fort naturel, et je fus heureux de croire en effet qu’elle n’avait pas eu d’autre possesseur avant moi que ce vénérable cheik glacé par l’âge. « Elle a bien dix-huit ans, me dit Mme Bonhomme mais elle est très forte, et vous l’auriez payée plus cher, si elle n’était pas d’une race qu’on voit rarement ici. Les Turcs sont gens d’habitude, il leur faut des Abyssiniennes ou des noires; soyez sûr qu’on l’a promenée de ville en ville sans pouvoir s’en défaire.

« Eh bien! dis-je, c’est donc que le sort voulait que je passasse là. Il m’était réservé d’influer sur sa bonne ou sa mauvaise fortune. » Cette manière de voir, en rapport avec la fatalité orientale, fut transmise à l’esclave, et me valut son assentiment.

 

She had been sold to an aged sheik from Mecca. On his death, the caravan traders had brought her to Cairo and put her up for sale. That made sense, and I was happy to know that she had had no other owner before me except for this sheik who had been restricted by his advanced years. “She’s a good eighteen years old”, Madame Bonhomme told me, “but she’s very strong and you would have paid more for her if she had not been of a race which is seldom seen here. The Turks are creatures of habit and they want either Abyssinians or blacks. You can be sure they took her from town to town without being able to get her off their hands.”

“Oh well,” I said, “fate must have sent me there and put her destiny in my hands, for good or ill.” This view of the matter, in harmony with Oriental fatalism, was passed on to the slave and won me her assent.

Je lui fis demander pourquoi elle n’avait pas voulu manger le matin et si elle était de la religion hindoue. « Non, elle est musulmane, me dit Mme Bonhomme après lui avoir parlé; elle n’a pas mangé aujourd’hui, parce que c’est jour de jeûne jusqu’au coucher du soleil. »

Je regrettai qu’elle n’appartînt pas au culte brahmanique pour lequel j’ai toujours eu un faible ; quant au langage, elle s’exprimait dans l’arabe le plus pur, et n’avait conservé de sa langue primitive que le souvenir de quelques chansons ou pantouns, que je me promis de lui faire répéter.

 

I had Madame Bonhomme ask her why she had not wanted to eat in the morning, and if she was a Hindu. “No, she is Muslim” Madame Bonhomme told me after speaking to her. “She did not eat today because it is a day of fasting until sunset”.

I was sorry that she did not belong to the cult of Brahma, for which I had always had a soft spot. As for her language, she spoke the purest Arabic and had retained nothing of her original language except the memory of a few songs or pantoums, that I promised myself I would have her recite.

« Maintenant, me dit Mme Bonhomme, comment ferez-vous pour vous entretenir avec elle? »

« Madame, lui dis-je, je sais déjà un mot avec lequel on se montre content de tout, indiquez-m’en seulement un autre qui exprime le contraire. Mon intelligence suppléera au reste, en attendant que je m’instruise mieux. »

« Est-ce que vous en êtes déjà; au chapitre des refus? » me dit-elle.

« J’ai de l’expérience, répondis-je, il faut tout prévoir. »

« Hélas!. me dit tout bas Mme Bonhomme, ce terrible mot, le voilà: «Mafisch!» cela comprend toutes les négations possibles. »
Alors je me souvins que l’esclave l’avait déjà prononcé avec moi.

 

“Now,” Madame Bonhomme said to me, “how are you going to communicate with her?”

“Well, I already know how to say when I am happy with something, so just tell me one which means the opposite and I’ll make up the rest until I can speak to her properly”.

“Have you already reached that point, of refusals?”

“I’m a man of some experience”, I replied, “and it’s as well to be prepared”.

“There is” said Madame Bonhomme in a low voice “this terrible word ‘Mafisch!’ which implies every possible form of rejection and refusal”.
Then I remembered that the slave had already spoken that word to me.

 

J’ai retrouvé mon logis dans l’état où je l’avais laissé : le vieux Cophte et sa femme s’occupant à tout mettre en ordre, l’esclave dormant sur un divan, les coqs et les poules, dans la cour becquetant du maïs et le Barbarin, qui fumait au café d’en face, m’attendant fort exactement.

Par exemple, il fut impossible de retrouver le cuisinier; l’arrivée du Cophte lui avait fait croire sans doute qu’il allait être remplacé, et il était parti tout d’un coup sans rien dire; - c’est un procédé très fréquent des gens de service ou des ouvriers du Caire. Aussi ont-ils soin de se faire payer tous les soirs pour pouvoir agir à leur fantaisie.

 

I returned home to find everything just as I had left it; the old Copt and his wife putting everything in order, the slave asleep on a divan, the poultry in the yard pecking at maize, and the barbarin [here, a domestic servant] who was smoking in the café over the road, quite correctly waiting for me. There was no sign of the cook; the arrival of the Copt had no doubt made him think he was going to be replaced and he had gone off suddenly without a word. This is very common amongst the domestic staff and labourers of Cairo. They make sure they are paid every evening so they need not turn up the next day.

Je ne vis pas d’inconvénient à remplacer Mustapha par Mansour, et sa femme, qui venait l’aider dans la journée, me paraissait une excellente gardienne pour la moralité de mon intérieur. Seulement ce couple respectable ignorait parfaitement les élémens de la cuisine, même égyptienne. Leur nourriture à eux se composait de maïs bouilli et de légumes découpés dans du vinaigre, et cela ne les avait conduits ni à l’art du saucier ni à celui du rôtisseur. Ce qu’ils essayèrent dans ce sens fit jeter les hauts cris à l’esclave, qui se mit à les accabler d’injures. Ce trait de caractère me déplut fort.

 

I saw nothing to prevent Mansour replacing Mustapha. Mansour’s wife, who came to help him during the day, seemed to me an excellent moral guardian for my home. However this respectable couple knew absolutely nothing about cooking, not even Egyptian cooking. Their own meals consisted of boiled maize and chopped vegetables in vinegar, and they knew nothing whatever of the arts of the saucier or the roasting chef. The slave responded to their culinary efforts with loud shouting and a stream of abuse. This trait in her character very much displeased me.

Je chargeai Mansour de lui dire que c’était maintenant à son tour de faire la cuisine, et que, voulant l’emmener dans mes voyages, il était bon qu’elle s’y préparât. Je ne puis rendre toute l’expression d’orgueil blessé; ou plutôt de dignité offensée, dont elle nous foudroya tous.

« Dites au sidi, répondit-elle à Mansour, que je suis une cadine (dame) et non une odaleuk (servante), et que j’écrirai au pacha, s’il ne me donne pas la position qui convient. »

 

I instructed Mansour to tell her that it was now her turn to do the cooking, and that, as I wanted to take her with me on my travels, this would be a good start. I don’t have words to describe the way she smote all of us from the heights of her injured pride.

“Tell the sidi”, she said to Mansour, “that I am a cadine (lady) and not an odaleuk (servant), and that I will write to the pasha if he does not respect me accordingly.”

- Au pacha! m’écriai-je mais que fera le pacha dans cette affaire? Je prends une esclave, moi, pour me faire servir; et, si je n’ai pas les moyens de payer des domestiques, ce qui peut très bien m’arriver, je ne vois pas pourquoi elle ne ferait pas le ménage, comme font les femmes dans tous les pays.

- Elle répond, dit Mansour, qu’en s’adressant au pacha, toute esclave a le droit de se faire revendre et de changer ainsi de maître; qu’elle est de religion musulmane, et ne se résignera jamais à faire des fonctions viles.

 

“To the pasha?” I cried, “What has this got to do with the pasha? I buy a slave to serve me, and if I don’t have the money to pay domestic staff, which could very well happen, I don’t see why she shouldn’t do housework like all women round the world”.

“She replies”, said Mansou, “that every slave has a right to appeal to the pasha and to change masters by having himself re-sold; that she is of the Muslim religion; and that she will never do any menial work”.

J’estime la fierté dans les caractères, - et puisqu’elle avait ce droit, chose dont Mansour me confirma la vérité, je me bornai à dire que j’avais plaisanté, que seulement il fallait qu’elle s’excusât envers ce vieillard de l’emportement qu’elle avait montré; mais Mansour lui traduisit cela de telle manière que l’excuse, je crois bien, vint de son côté.

Il était clair désormais que j’avais fait une folie en achetant cette femme. Si elle persistait dans son idée, ne pouvant m’être pour le reste de ma route qu’un sujet de dépense, au moins fallait-il qu’elle pût me servir d’interprète. Je lui déclarai que, puisqu’elle était une personne si distinguée, il fallait quelle apprît le français pendant que j’apprendrais l’arabe. Elle ne repoussa pas cette idée.

 

I rather respect pride as a personality trait, and since she also had this legal right, which was confirmed by Mansour, I confined myself to saying that I had been joking but that she must apologise to the old man for her outburst. However Mansour translated it to her in such a way that, I am pretty sure, the apology was all on his side.

I realised now that I had been mad to buy this woman. If she was determined to carry on like this, she would be nothing but a drain on my resources for the rest of the trip. She would at least have to act as my interpreter. I announced to her that, since she was such a distinguished person, she would have to learn French while I learned Arabic. She seemed willing to consider this idea.

Je lui donnai donc une leçon de langage et d’écriture, je lui fis faire des bâtons sur le papier comme à un enfant, et je lui appris quelques mots. Cela l’amusait assez, et la prononciation du français lui faisait perdre l’intonation gutturale, si peu gracieuse dans la bouche des femmes arabes. Je m’amusais beaucoup à lui faire prononcer des phrases tout entières qu’elle ne comprenait pas, par exemple celle-ci : « Je suis une petite sauvage» qu’elle prononçait : Ze souis one bétit sovaze. Me voyant rire, elle crut que je lui faisais dire quelque chose d’inconvenant, et appela Mansour pour lui traduire la phrase. N’y trouvant pas grand mal, elle répéta avec beaucoup de grace: : « Ana (moi)? Bétit sovaze? mafisch (pas du tout)! » Son sourire était charmant.

  I gave her a lesson in language and writing, starting with a child’s first lesson in writing on paper and a few words of French. She found that quite entertaining, and when she tried to pronounce the French words she lost the unappealing guttural accent that all Arab women have. I amused myself a great deal by having her pronounce entire phrases that she did not understand, for example “I am a little savage”, which she pronounced “Euh em eh liter sohvaaz”. Seeing me laugh, she thought I had got her to say something improper and called Mansour to translate the phrase. Finding nothing much wrong, she said with much grace “Ana [me]? Liter sohvaaz? Mafisch! [not at all].” Her smile was charming.
     

 

 

 

 

 

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