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Exemples de travail (4)

 

 

Première partie du conte merveilleux de Madame d'Aulnoy (1601-1705)
Texte parallèle (texte bilingue français/anglais)

ChateauL'Oiseau Bleu

 

 

Il était une fois un roi fort riche en terres et en argent ; sa femme mourut, il en fut inconsolable. Il s’enferma huit jours entiers dans un petit cabinet, où il se cassait la tête contre les murs, tant il était affligé. On craignit qu’il ne se tuât : on mit des matelas entre la tapisserie et la muraille ; de sorte qu’il avait beau se frapper, il ne se faisait plus de mal. Tous ses sujets résolurent entre eux de l’aller voir et de lui dire ce qu’ils pourraient de plus propre à soulager sa tristesse. Les uns préparaient des discours graves et sérieux, d’autres d’agréables, et même de réjouissants ; mais cela ne faisait aucune impression sur son esprit : à peine entendait-il ce qu’on lui disait.   Once upon a time there was a rich king who ruled over broad lands. His wife died, and he was inconsolable. He shut himself up for eight full days in a small room, and in his grief he repeatedly struck his head against its walls. Fearing that this might be fatal, his courtiers placed mattresses between the tapestry and the wall so that he could do himself no harm. His people agreed amongst themselves to go to him and say the things most likely to ease his sadness. Some of their speeches were grave and serious; others were pleasant or even joyful, but none of them made any impression on him. In fact, he hardly heard them.
Enfin, il se présenta devant lui une femme si couverte de crêpes noirs, de voiles, de mantes, de longs habits de deuil, et qui pleurait et sanglotait si fort et si haut, qu’il en demeura surpris. Elle lui dit qu’elle n’entreprenait point comme les autres de diminuer sa douleur, qu’elle venait pour l’augmenter, parce que rien n’était plus juste que de pleurer une bonne femme ; que pour elle, qui avait eu le meilleur de tous les maris, elle faisait bien son compte de pleurer tant qu’il lui resterait des yeux à la tête. Là-dessus elle redoubla ses cris, et le roi, à son exemple, se mit à hurler. Roi At last, a woman came before him covered from head to foot in black crêpe, veils, long mourning veils and long mourning dress. She cried and sobbed so hard that he was astonished. She had no intention, she said, of easing his pain. In fact, she came to add to it because when you have lost a good wife, you should mourn her. She herself, she said, having lost the best of all husbands, would weep as long as she had eyes to weep with. Then she cried even more, and the king, following her example, began to howl.
Il la reçut mieux que les autres ; il l’entretint des belles qualités de sa chère défunte, et elle renchérit celles de son cher défunt : ils causèrent tant et tant, qu’ils ne savaient plus que dire sur leur douleur. Quand la fine veuve vit la matière presque épuisée, elle leva un peu ses voiles, et le roi affligé se récréa la vue à regarder cette pauvre affligée, qui tournait et retournait fort à propos deux grands jeux bleus, bordés de longues paupières noires : son teint était assez fleuri. Le roi la considéra avec beaucoup d’attention ; peu à peu il parla moins de sa femme, puis il n’en parla plus du tout. La veuve disait qu’elle voulait toujours pleurer son mari ; le roi la pria de ne point immortaliser son chagrin. Pour conclusion, l’on fut tout étonné qu’il l’épousât, et que le noir se changeât en vert et en couleur de rose : il suffit très souvent de connaître le faible des gens pour entrer dans leur cœur et pour en faire tout ce que l’on veut. Artemisia Gentileschi He received her better than all the rest, telling her what had made his late wife such a fine person, and she told him about her late husband’s qualities. They spoke so much of their pain that eventually they could not think of anything else to say about it. When the poor grieving widow saw that they had almost exhausted the subject she lifted her veils a little, revealing blue eyes, long black lashes and a blooming complexion. The king considered her with the greatest attention; as time went by he spoke less of his wife, then stopped speaking of her altogether. The widow said that she intended to mourn her husband always; the king begged her not to grieve forever. And in conclusion all were astonished when he married her and the black of mourning gave way to green and rose-pink. If you know a person’s soft spot, you can often find your way straight to their heart and do with it what you will.
Le roi n’avait eu qu’une fille de son premier mariage, qui passait pour la huitième merveille du monde, on la nommait Florine, parce qu’elle ressemblait à Flore, tant elle était fraîche, jeune et belle. On ne lui voyait guère d’habits magnifiques ; elle aimait les robes de taffetas volant, avec quelques agrafes de pierreries et force guirlandes de fleurs, qui faisaient un effet admirable quand elles étaient placées dans ses beaux cheveux. Elle n’avait que quinze ans lorsque le roi se remaria. Fille par Durer The king had only one daughter from his first marriage, and she was considered the eighth wonder of the world. She was so fresh, young and lovely that people called her Florine after the goddess Flora. She was seldom seen in magnificent costumes; she preferred simple dresses of fluttering taffeta with jewelled clasps, and garlands of flowers in her lovely hair. She was only fifteen when the king remarried.
La nouvelle reine envoya quérir sa fille, qui avait été nourrie chez sa marraine, la fée Soussio ; mais elle n’en était ni plus gracieuse ni plus belle : Soussio y avait voulu travailler et n’avait rien gagné ; elle ne laissait pas de l’aimer chèrement. On l’appelait Truitonne, car son visage avait autant de taches de rousseur qu’une truite ; ses cheveux noirs étaient si gras et si crasseux que l’on n’y pouvait toucher, sa peau jaune distillait de l’huile. La reine ne laissait pas de l’aimer à la folie ; elle ne parlait que de la charmante Truitonne, et, comme Florine avait toutes sortes d’avantages au-dessus d’elle, la reine s’en désespérait ; elle cherchait tous les moyens possibles de la mettre mal auprès du roi. Il n’y avait point de jour que la reine et Truitonne ne fissent quelque pièce à Florine. La princesse, qui était douce et spirituelle , tâchait de se mettre au-dessus des mauvais procédés. Grotesque par Quinten Massijs The new queen sent for her own daughter, who had been brought up by her fairy godmother Soussio, but who was neither graceful nor beautiful. Although Soussio’s efforts had been in vain, the queen still loved her daughter very much. She was called Troutlet because her face had as many freckles as a trout. Her dark hair was too greasy and matted to touch, her skin was oily and sallow but the queen adored her and spoke of nothing but her delightful Troutlet. Seeing that Florine outmatched Troutlet in every way, the queen tried every means possible to prejudice the king against her. She and Troutlet never let a day go by without sniping at Florine. The princess, who was sweet and spiritual, did her best to stay above it all.
Le roi dit un jour à la reine que Florine et Truitonne étaient assez grandes pour être mariées, et qu’aussitôt qu’un prince viendrait à la cour, il fallait faire en sorte de lui en donner une des deux.
« Je prétends, répliqua la reine, que ma fille soit la première établie : elle est plus âgée que la vôtre, et, comme elle est mille fois plus aimable, il n’y a pas à balancer là-dessus. » Le roi, qui n’aimait point la dispute, lui dit qu’il le voulait bien et qu’il l’en faisait la maîtresse.
  One day the king said to the queen that Florine and Troutlet were old enough to be married, and that next time a prince came to the court, he would do what he could to give one of them away. “I insist” said the queen “that my daughter be the first to marry. She is older than yours and a thousand times nicer”. The king, who disliked arguments, agreed and left the whole business to her.
A quelque temps de là, on apprit que le roi Charmant devait arriver. Jamais prince n’avait porté plus loin la galanterie et la magnificence ; son esprit et sa personne n’avaient rien qui ne répondît à son nom. Quand la reine sut ces nouvelles, elle employa tous les brodeurs, tous les tailleurs et tous les ouvriers à faire des ajustements à Truitonne. Elle pria le roi que Florine n’eût rien de neuf, et, ayant gagné ses femmes, elle lui fit voler tous ses habits, toutes ses coiffures et toutes ses pierreries le jour même que Charmant arriva, de sorte que, lorsqu’elle se voulut parer, elle ne trouva pas un ruban. Elle vit bien d’où lui venait ce bon office. Elle envoya chez les marchands pour avoir des étoffes ; ils répondirent que la reine avait défendu qu’on lui en donnât. Elle demeura donc avec une petite robe fort crasseuse, et sa honte était si grande, qu’elle se mit dans le coin de la salle lorsque le roi Charmant arriva. Gisz par Holbein Some time later, it was learnt that King Charming was shortly to arrive at court. Never had there been a more gallant or magnificent prince. His appearance and his mind both lived up to his name. When the queen heard the news she ordered all her embroiderers and seamstresses to do their best work for Troutlet. She asked the king to give Florine nothing new, and having won over Florine’s women, on the morning that Charming arrived she had them steal all her dresses and jewels so that when Florine wanted to get ready, she couldn’t find as much as a ribbon. She knew quite well who she had to thank for this. She sent to the merchants for cloth, but they said the queen had forbidden them to give her any. She was left with only a filthy little dress, and was so ashamed that she stood in a corner of the hall when King Charming arrived.
La reine le reçut avec de grandes cérémonies : elle lui présenta sa fille, plus brillante que le soleil et plus laide par toutes ses parures qu’elle ne l’était ordinairement. Le roi en détourna ses yeux : la reine voulait se persuader qu’elle lui plaisait trop et qu’il craignait de s’engager. Il demanda s’il n’y avait pas encore une autre princesse appelée Florine. « Oui, dit Truitonne en la montrant avec le doigt ; la voilà qui se cache, parce qu’elle n’est pas brave. »   The queen received him with great ceremony; she presented her daughter shining brighter than the sun, but even uglier in all this finery than she was usually. The queen persuaded herself that the reason the king turned his eyes away from her was that she pleased him so much that he was afraid to look. He asked if there was not another princess called Florine. “Yes” said Troutlet, pointing, “the timid thing is hiding over there”.
Florine rougit, et devint si belle, si belle, que le roi Charmant demeura comme un homme ébloui. Il se leva promptement, et fit une profonde révérence à la princesse : « Madame, lui dit-il, votre incomparable beauté vous pare trop pour que vous ayez besoin d’aucun secours étranger.
- Seigneur, répliqua-t-elle, je vous avoue que je suis peu accoutumée à porter un habit aussi malpropre que l’est celui-ci ; et vous m’auriez fait plaisir de ne vous pas apercevoir de moi.
- Il serait impossible, s’écria Charmant, qu’une si merveilleuse princesse pût être en quelque lieu, et que l’on eût des yeux pour d’autres que pour elle.
- Ah ! dit la reine irritée, je passe bien mon temps à vous entendre. Croyez-moi, seigneur, Florine est déjà assez coquette, et elle n’a pas besoin qu’on lui dise tant de galanteries. »
  Florine, blushing, became so very beautiful that King Charming was dazzled. He got up at once and bowed deeply to the princess. “Madam”, he said “your incomparable beauty adorns you so well that you have no need of clothing or jewels.”
“My lord”, she replied, “I am not used to wearing clothes as dirty as this, and I would have preferred you not to notice me”.
“Nobody could have eyes for others”, cried Charming, “when such a marvellous princess is present”.
“Oh!” said the queen irritably, “this is a good way for me to spend my time. Believe me, my lord, Florine is already enough of a flirt without such compliments.”
Le roi Charmant démêla aussitôt les motifs qui faisaient ainsi parler la reine ; mais, comme il n’était pas de condition à se contraindre, il laissa paraître toute son admiration pour Florine, et l’entretint trois heures de suite.   King Charming realised at once why the queen spoke in this way but could not restrain himself from openly admiring Florine, with whom he talked for three hours.
La reine au désespoir, et Truitonne inconsolable de n’avoir pas la préférence sur la princesse, firent de grandes plaintes au roi et l’obligèrent de consentir que, pendant le séjour du roi Charmant, l’on enfermerait Florine dans une tour, où ils ne se verraient point. En effet, aussitôt qu’elle fut retournée dans sa chambre, quatre hommes masqués la portèrent au haut de la tour, et l’y laissèrent dans la dernière désolation ; car elle vit bien que l’on n’en usait ainsi que pour l’empêcher de plaire au roi qui lui plaisait déjà fort, et qu’elle aurait bien voulu pour époux. Tourelle The queen was in despair, and Troutlet was inconsolable at not being preferred to the princess. They complained loudly to the king and made him agree that for the rest of King Charming’s stay, Florine would be locked in a tower where he would not see her at all. In fact, as soon as she went back to her room four masked men carried her off to the top of the tower and left here there, desolate. She saw very well that it was to prevent her getting to know the king, who already pleased her very much and who she would have liked for a husband.
Comme il ne savait pas les violences que l’on venait de faire à la princesse, il attendait l’heure de la revoir avec mille impatiences. Il voulut parler d’elle à ceux que le roi avait mis auprès de lui pour lui faire plus d’honneur ; mais, par l’ordre de la reine, ils lui dirent tout le mal qu’ils purent : qu’elle était coquette, inégale, de méchante humeur ; qu’elle tourmentait ses amis et ses domestiques, qu’on ne pouvait être plus malpropre, et qu’elle poussait si loin l’avarice qu’elle aimait mieux être habillée comme une petite bergère que d’acheter de riches étoffes de l’argent que lui donnait le roi son père. A tout ce détail, Charmant souffrait et se sentait des mouvements de colère qu’il avait bien de la peine à modérer. « Non, disait-il en lui-même, il est impossible que le Ciel ait mis une âme si mal faite dans le chef-d’œuvre de la nature. Je conviens qu’elle n’était pas proprement mise quand je l’ai vue, mais la honte qu’elle en avait prouve assez qu’elle n’était point accoutumée à se voir ainsi. Quoi ! elle serait mauvaise avec cet air de modestie et de douceur qui enchante ? Ce n’est pas une chose qui me tombe sous le sens ; il m’est bien plus aisé de croire que c’est la reine qui la décrie ainsi : l’on n’est pas belle-mère pour rien ; et la princesse Truitonne est une si laide bête, qu’il ne serait point extraordinaire qu’elle portât envie à la plus parfaite de toutes les créatures. »  

Not knowing that the princess had been locked up, King Charming waited, burning with impatience, to see her again.

He wanted to speak of her to the courtiers assigned to him by the king, but by the queen’s order they ran her down, saying that she was a flirt, changeable and spiteful, a torment to her friends and servants, that nobody could be dirtier, and such a miser that she preferred to dress like a goatherd rather than use the money her father gave her to buy fine clothing. Charming did not take this well, and nearly lost his temper.

He said to himself, “No masterpiece of nature like the princess could have such a twisted soul. Certainly she was not properly dressed when I saw her, but it was clear from her shame that she is not used to being seen in that state. A nasty piece of work despite that enchanting air of modesty and sweetness? I don’t believe it. It’s a lot easier to believe that the queen is behind this campaign of disparagement. She isn’t a mother-in-law for nothing, and princess Troutlet is such an ugly beast that it would not be surprising if she felt jealous of this most perfect creature”.

Pendant qu’il raisonnait là-dessus, des courtisans qui l’environnaient devinaient bien à son air qu’ils ne lui avaient pas fait plaisir de parler mal de Florine. Il y en eut un plus adroit que les autres, qui, changeant de ton et de langage pour connaître les sentiments du king, se mit à dire des merveilles de la princesse. A ces mots il se réveilla comme d’un profond sommeil, il entra dans la conversation, la joie se répandit sur son visage. Amour, amour, que l’on te cache difficilement ! tu parais partout, sur les lèvres d’un amant, dans ses yeux, au son de sa voix ; lorsque l’on aime, le silence, la conversation, la joie ou la tristesse, tout parle de ce qu’on ressent.   The courtiers around him had no trouble guessing that they had displeased him with their malicious words about Florine. One smarter than the others changed his tone to find out the king’s feelings. He began singing her praises, at which the king seemed to wake from a deep sleep and enthusiastically joined the conversation. Oh love, love, how hard it is to hide you! You appear on a lover’s lips, in his eyes, in the sound of his voice; you are given away by a lover’s silence and conversation, joy and sadness.
La reine, impatiente de savoir si le roi Charmant était bien touché, envoya quérir ceux qu’elle avait mis dans sa confidence, et elle passa le reste de la nuit à les questionner. Tout ce qu’ils lui disaient ne servait qu’à confirmer l’opinion où elle était, que le roi aimait Florine. Mais que vous dirai-je de la mélancolie de cette pauvre princesse ? Elle était couchée par terre dans le donjon de cette horrible tour où les hommes masqués l’avaient emportée. « Je serais moins à plaindre, disait-elle, si l’on m’avait mise ici avant que j’eusse vu cet aimable roi : l’idée que j’en conserve ne peut servir qu’à augmenter mes peines. Je ne dois pas douter que c’est pour m’empêcher de le voir davantage que la reine me traite si cruellement. Hélas ! que le peu de beauté dont le Ciel m’a pourvue coûtera cher à mon repos ! » Elle pleurait ensuite si amèrement, si amèrement que sa propre ennemie en aurait eu pitié si elle avait été témoin de ses douleurs.   The queen, impatient to know if King Charming was smitten, sent for those in her confidence and spent the rest of the night questioning them. Everything they said just confirmed her opinion that he was in love with Florine. How can I attempt to describe what the poor princess was feeling? She was lying on the ground in the dungeon of the dreadful tower where the masked men had taken her. “I would be less upset”, she said “if I had been put here before I saw him. The memory I have of him just makes it worse. It’s obviously to stop me seeing more of him that the queen is treating me so cruelly. It seems that the little beauty Heaven has given me is to cost me dearly!” Then she cried so bitterly, so bitterly that even her enemy would have been moved if she had been there to witness her suffering.
C’est ainsi que la nuit se passa. La reine, qui voulait engager le roi Charmant par tous les témoignages qu’elle pourrait lui donner de son attention, lui envoya des habits d’une richesse et d’une magnificence sans pareille, faits à la mode du pays, et l’ordre des chevaliers d’Amour qu’elle avait obligé le roi d’instituer le jour de leurs noces. C’était un cœur d’or émaillé de couleur de feu, entouré de plusieurs flèches, et percé d’une, avec ces mots : Une seule me blesse. La reine avait fait tailler pour Charmant un cœur d’un rubis gros comme un œuf d’autruche ; chaque flèche était d’un seul diamant, longue comme le doigt, et la chaîne où ce cœur tenait était faite de perles, dont la plus petite pesait une livre : enfin, depuis que le monde est monde, il n’avait rien paru de tel.   So the evening passed. The queen was very attentive towards King Charming, sending him clothes in the local style, of the greatest luxury and magnificence, as well as the Order of the Knights of Love that she had made the king set up after their wedding. It was a golden heart covered in fiery red enamel, surrounded by several arrows and pierced by one, with these words “Only one injures me”. The queen had had one made for Charming with a heart of ruby the size of an ostrich egg. Each arrow was a single diamond as long as a finger, and the chain from the heart hung was made of pearls, the smallest weighing a pound. There had never been anything like it in the entire history of the world.
Le roi, à cette vue, demeura si surpris qu’il fut quelque temps sans parler. On lui présenta en même temps un livre dont les feuilles étaient de vélin, avec des miniatures admirables, la couverture d’or, chargée de pierreries ; et les statuts de l’ordre des chevaliers d’Amour y étaient écrits d’un style fort tendre et fort galant. L’on dit au roi que la princesse qu’il avait vue le priait d’être son chevalier, et qu’elle lui envoyait ce présent. A ces mots, il osa se flatter que c’était celle qu’il aimait.   It astonished the king so much that he was speechless for some time. At the same time he received a book with pages of parchment, with splendid miniatures, a cover of gold loaded with precious stones, and the gallant and tender rules of the Order of the Knights of Love. The king was told that it was from the princess he had seen, who asked him to be her knight. On hearing these words he dared think that it was the one he loved.
« Quoi ! la belle princesse Florine, s’écria-t-il, pense à moi d’une manière si généreuse et si engageante ?
- Seigneur, lui dit-on, vous vous méprenez au nom, nous venons de la part de l’aimable Truitonne.
- C’est Truitonne qui me veut pour son chevalier ? dit le roi d’un air froid et sérieux : je suis fâché de ne pouvoir accepter cet honneur ; mais un souverain n’est pas assez maître de lui pour prendre les engagements qu’il voudrait. Je sais ceux d’un chevalier, je voudrais les remplir tous, et j’aime mieux ne pas recevoir la grâce qu’elle m’offre que de m’en rendre indigne. »
  “Does the lovely princess Florine” he cried “think of me in such a generous and appealing way?”
“My lord” he was told, “you are mistaken as to the name, we were sent by the lovely Troutlet”.
“Troutlet wants me to be her knight?” said the king coldly and seriously. “I am sorry not to be able to accept this honour, but a sovereign is not his own master to the extent of being able to accept all the commitments he would like. I know those of a knight, I would like to fulfil them all, and I prefer not to accept this favour rather than to be unworthy of it”.
Il remit aussitôt le cœur, la chaîne et le livre dans la même corbeille ; puis il envoya tout chez la reine, qui pensa étouffer de rage avec sa fille, de la manière méprisante dont le roi étranger avait reçu une faveur si particulière.   He put the heart, the chain and the book back into their basket and sent them all back to the queen, who thought she and her daughter would choke with rage over the disdainful way this foreign king had rejected them.
Lorsqu’il put aller chez le roi et la reine, il se rendit dans leur appartement : il espérait que Florine y serait ; il regardait de tous côtés pour la voir. Dès qu’il entendait entrer quelqu’un dans la chambre, il tournait la tête brusquement vers la porte ; il paraissait inquiet et chagrin. La malicieuse reine devinait assez ce qui se passait dans son âme, mais elle n’en faisait pas semblant. Elle ne lui parlait que de parties de plaisir ; il lui répondait tout de travers. Enfin il demanda où était la princesse Florine.   As soon as he could, he went to the royal apartments hoping that Florine would be there. Having looked around without finding her, he darted a glance at the door every time he heard somebody come in. He seemed anxious and downcast. The wicked queen guessed his thoughts at once, but she gave nothing away. She spoke to him of nothing but parties, and he answered distractedly. Finally he asked where princess Florine was.
« Seigneur, lui dit fièrement la reine, le roi son père a défendu qu’elle sorte de chez elle, jusqu’à ce que ma fille soit mariée.
- Et quelle raison, répliqua le roi, peut-on avoir de tenir cette belle personne prisonnière ?
- Je l’ignore, dit la reine ; et quand je le saurais, je pourrais me dispenser de vous le dire. »
Le roi se sentait dans une colère inconcevable ; il regardait Truitonne de travers, et songeait en lui-même que c’était à cause de ce petit monstre qu’on lui dérobait le plaisir de voir la princesse. Il quitta promptement la reine : sa présence lui causait trop de peine.
  “My lord” said the queen proudly, “her father the king has ordered her to stay in her own apartments until my daughter is married.”
“And what reason”, replied the king, “could there be for keeping this beautiful person a prisoner?”
“I don’t know”, said the queen, “and when I do, I won’t feel obliged to tell you”.
The king was furious. He looked askance at Troutlet and thought to himself that this little monster was the reason he was being deprived of the pleasure of seeing the princess. He promptly left the queen; he found her company too upsetting.
Quand il fut revenu dans sa chambre, il dit à un jeune prince qui l’avait accompagné, et qu’il aimait fort, de donner tout ce qu’on voudrait au monde pour gagner quelqu’une des femmes de la princesse, afin qu’il pût lui parler un moment. Ce prince trouva aisément des dames du palais qui entrèrent dans la confidence ; il y en eut une qui l’assura que le soir même Florine serait à une petite fenêtre basse qui répondait sur le jardin, et que par là elle pourrait lui parler, pourvu qu’il prît de grandes précautions afin qu’on ne le sût pas, « car, ajouta-t-elle, le roi et la reine sont si sévères, qu’ils me feraient mourir s’ils découvraient que j’eusse favorisé la passion de Charmant ».   When he got back to his room he said to a young prince who had accompanied him, and whom he liked very much, to give whatever it took to make contact with one of the princess’s ladies and talk to her for a moment. The prince easily found palace ladies to let into this secret, and one of them assured him that that very evening Florine would be at a little window which opened into the garden, and that she could talk to him from there, as long as he took great care that nobody should know “because,” she added, “the king and queen are so harsh that they would put me to death if they found I had helped King Charming”.
Le prince, ravi d’avoir amené l’affaire jusque-là, lui promit tout ce qu’elle voulait, et courut faire sa cour au roi, en lui annonçant l’heure du rendez-vous. Mais la mauvaise confidente ne manqua pas d’aller avertir la reine de ce qui se passait et de prendre ses ordres. Aussitôt elle pensa qu’il fallait envoyer sa fille à la petite fenêtre : elle l’instruisit bien ; et Truitonne ne manqua rien, quoiqu’elle fût naturellement une grande bête.   The prince, delighted to have succeeded so well, promised her everything she wanted, and ran back to pay his respects to King Charming and tell him the time of the rendezvous. But the wicked lady went to warn the queen and obtain her orders. At once she realised the thing to do as to send her daughter to the little window. She prepared Troutlet as well as anybody could, in view of her natural disadvantages.

La nuit était si noire, qu’il aurait été impossible au roi de s’apercevoir de la tromperie qu’on lui faisait, de sorte qu’il s’approcha de la fenêtre avec des transports de joie inexprimables. Il dit à Truitonne tout ce qu’il aurait dit à Florine pour la persuader de sa passion. Truitonne, profitant de la conjoncture, lui dit qu’elle se trouvait la plus malheureuse personne du monde d’avoir une belle-mère si cruelle, et qu’elle aurait toujours à souffrir jusqu’à ce que sa fille fût mariée. Le roi l’assura que, si elle le voulait pour son époux, il serait ravi de partager avec elle sa couronne et son cœur. Là-dessus, il tira sa bague de son doigt ; et, la mettant au doigt de Truitonne, il ajouta que c’était un gage éternel de sa foi, et qu’elle n’avait qu’à prendre l’heure pour partir en diligence. Truitonne répondit le mieux qu’elle put à ses empressements. Il s’apercevait bien qu’elle ne disait rien qui vaille ; et cela lui aurait fait de la peine, s’il ne se fût persuadé que la crainte d’être surprise par la reine lui ôtait la liberté de son esprit. Il ne la quitta qu’à la condition de revenir le lendemain à pareille heure ce qu’elle lui promit de tout son cœur.

  The night was so dark that the king could not possibly detect the trick being played on him, and he went up to the window in a state of inexpressible joy. He said to Troutlet everything he would have said to Florine to persuade her of his passion. Troutlet took advantage of the situation, telling him that she was the unhappiest person in the world because her cruel mother-in-law would make her suffer until her own daughter was married. The king assured her that if she wanted, he would be delighted to share his crown and his heart with her. On saying this, he took off his ring, put it on Troutlet’s finger and told her that it was a token of his eternal faith, and they would leave whenever she said. She responded to his eagerness as well as she was able. He could not help but notice that she hardly said anything. It would have troubled him, but he persuaded himself that she was afraid of being surprised by the queen. He left her only on condition that she would come back the next day at the same time, which she promised with all her heart.
La reine ayant su l’heureux succès de cette entrevue, elle s’en promit tout. Et, en effet, le roi vint la prendre dans une chaise volante, traînée par des grenouilles ailées : un enchanteur de ses amis lui avait fait ce présent. La nuit était fort noire ; Truitonne sortit mystérieusement par une petite porte, et le roi, qui l’attendait, la reçut dans ses bras et lui jura cent fois une fidélité éternelle. Mais comme il n’était pas d’humeur à voler longtemps dans sa chaise volante sans épouser la princesse qu’il aimait, il lui demanda où elle voulait que les noces se fissent. Elle lui dit qu’elle avait pour marraine une fée qu’on appelait Soussio, qui était fort célèbre ; qu’elle était d’avis d’aller au château. Quoique le roi ne sût pas le chemin, il n’eut qu’à dire à ses grosses grenouilles de l’y conduire ; elles connaissaient la carte générale de l’univers et en peu de temps elles rendirent le roi et Truitonne chez Soussio. Le château était si bien éclairé, qu’en arrivant le roi aurait reconnu son erreur, si la princesse ne s’était soigneusement couverte de son voile. Elle demanda sa marraine ; elle lui parla en particulier, et lui conta comme quoi elle avait attrapé Charmant, et qu’elle la priait de l’apaiser. « Ah ! ma fille, dit la fée, la chose ne sera pas facile : il aime trop Florine ; je suis certaine qu’il va nous faire désespérer. »   When the queen heard what happened at this meeting, she was sure things would go well. And in fact, the king came to carry Troutlet off in a magical flying chair drawn by winged frogs, which had been given to him by a friend of his who was an enchanter. The night was very dark. Troutlet emerged mysteriously through a little door and the king, who was waiting for her, took her into his arms and swore eternal fidelity to her a hundred times. But as he did not feel like flying for long in his flying chair without marrying the princess he loved, he asked here where she wanted the wedding to take place. She said that her fairy godmother was the famous Soussio and that she thought they should go to her castle. The king did not know the way but he had only to tell the giant frogs to take them there; they knew the map of the universe, and in a short time they delivered the king and Troutlet to Soussio. The castle was so well lit that on arriving the king would have seen his mistake but the princess carefully covered herself with her veil. She asked for her godmother, spoke to her in private, told her how she had ensnared Charming, and begged her to keep him calm. “Ah, my girl” said the fairy “it will not be easy. He loves Florine too much, I am sure he will drive us to distraction”.
Cependant le roi les attendait dans une salle dont les murs étaient de diamants, si clairs et si nets, qu’il vit au travers Soussio et Truitonne causer ensemble. Il croyait rêver. « Quoi ! disait-il, ai-je été trahi ? les démons ont-ils apporté cette ennemie de notre repos ? Vient-elle pour troubler mon mariage ? Ma chère Florine ne paraît point ! Son père l’a peut-être suivie ! »   Meanwhile the king was waiting for them in a room with diamond walls, so clear that he could see Soussio and Troutlet on the other side, talking. He thought he was dreaming. “What's this,” he said “have I been betrayed? Has this enemy been brought here by demons? Has she come to disrupt my marriage? And I can’t see my dear Florine anywhere. Perhaps her father has followed her!”
Il pensait mille choses qui commençaient à le désoler. Mais ce fut bien pis quand elles entrèrent dans la salle et que Soussio lui dit d’un ton absolu :
« Roi Charmant, voici la princesse Truitonne, à laquelle vous avez donné votre foi ; elle est ma filleule, et je souhaite que vous l’épousiez tout à l’heure.
- Moi, s’écria-t-il, moi, j’épouserais ce petit monstre ! vous me croyez d’un naturel bien docile, quand vous me faites de telles propositions : sachez que je ne lui ai rien promis ; si elle dit autrement, elle en a...
- N’achevez pas, interrompit Soussio, et ne soyez jamais assez hardi pour me manquer de respect.
- Je consens, répliqua le roi, de vous respecter autant qu’une fée est respectable, pourvu que vous me rendiez ma princesse. - Est-ce que je ne la suis pas, parjure ? dit Truitonne en lui montrant sa bague. A qui as-tu donné cet anneau pour gage de ta foi ? A qui as-tu parlé à la petite fenêtre, si ce n’est pas à moi ?
- Comment donc ! reprit-il, j’ai été déçu et trompé ? Non, non, je n’en serai point la dupe. Allons, allons, mes grenouilles, mes grenouilles, je veux partir tout à l’heure.
- Oh ! ce n’est pas une chose en votre pouvoir si je n’y consens », dit Soussio. Elle le toucha, et ses pieds s’attachèrent au parquet, comme si on les y avait cloués.
« Quand vous me lapideriez, lui dit le roi, quand vous m’écorcheriez, je ne serais point à une autre qu’à Florine ; j’y suis résolu, et vous pouvez après cela user de votre pouvoir à votre gré. »
 

A thousand thoughts began to trouble him. But it was much worse when they came into the hall and Soussio said to him firmly:
“King Charming, here is princess Troutlet to whom you have pledged your faith. She is my god-daughter, and I wish you to marry her at once.”
“Me” he cried, “me, marry this little monster! You must think me very obedient to say that. I have promised her nothing, and if she says otherwise...”
“Don’t go on”, interrupted Soussio, and don’t be so rash as to treat me with disrespect”
“I agree”, said the king, “to respect you as far as a fairy is worthy of respect, and as long as you give me my princess.”
“Am I not she, perjurer?” said Troutlet, showing him the ring. “To whom did you give this ring as a token of your faith? To whom did you speak at the little window, if not to me?”
“What’s this?” he said, “I have been deceived and misled, but I am not going to be your puppet. Let’s go, frogs, I want to leave at once.”
“You can’t leave unless I say so” said Soussio.

She touched him and his feet became attached to the floor as if nailed there.
“You can stone me to death or skin me alive, but I will not marry anybody other than Florine. I am determined, so do your worst”.

Soussio employa la douceur, les menaces, les promesses, les prières. Truitonne pleura, cria, gémit, se fâcha, s’apaisa. Le roi ne disait pas un mot, et, les regardant toutes deux avec l’air du monde le plus indigné, il ne répondait rien à tous leurs verbiages.   Soussio tried sweetness, menaces, promises and pleading. Troutlet wept, cried out, moaned, got angry, and calmed down again. The king did not say a word, watching them both with an indignant expression, and did not respond to anything they said.
Il se passa ainsi vingt jours et vingt nuits, sans qu’elles cessassent de parler, sans manger, sans dormir et sans s’asseoir. Enfin Soussio, à bout et fatiguée, dit au roi : « Eh bien, vous êtes un opiniâtre qui ne voulez pas entendre raison ; choisissez, ou d’être sept ans en pénitence, pour avoir donné votre parole sans la tenir, ou d’épouser ma filleule. »   They talked to him for twenty days and twenty nights without stopping, without food, without sleep, without even sitting down. Finally Soussio, tired and at the end of her tether, said to the king “Well, you are an obstinate man who won’t listen to reason. Choose either seven years of punishment for breaking your word, or marriage to my god-daughter”.
Le roi, qui avait gardé un profond silence, s’écria tout d’un coup : « Faites de moi tout ce que vous voudrez, pourvu que je sois délivré de cette maussade.
- Maussade vous-même, dit Truitonne en colère : je vous trouve un plaisant roitelet, avec votre équipage marécageux, de venir jusqu’en mon pays pour me dire des injures et manquer à votre parole : si vous aviez quatre deniers d’honneur, en useriez-vous ainsi ?
- Voilà des reproches touchants, dit le roi d’un ton railleur. Voyez-vous, qu’on a tort de ne pas prendre une aussi belle personne pour sa femme !
- Non, non, elle ne le sera pas, s’écria Soussio en colère. Tu n’as qu’à t’envoler par cette fenêtre, si tu veux, car tu seras sept ans Oiseau Bleu. »
  The king, who had kept entirely silent, suddenly cried “Do with me what you will, as long as I am free of this sulky girl”.
“Sulky yourself” said Troutlet angrily. “You’re a nice little prince, with your bogland horses, to come to my country, insult me and break your word. Would you treat us so if you had a ha’porth of honour?
“There’s a touching speech”, said the king mockingly. “It would be wrong not to marry such a lovely person!”
“She is not going to be your wife”, cried Soussio angrily. “And you can fly out of that window if you want, because you will be a Blue Bird for seven years.”
En même temps le roi change de figure : ses bras se couvrent de plumes et forment des ailes ; ses jambes et ses pieds deviennent noirs et menus ; il lui croît des ongles crochus ; son corps s’apetisse, il est tout garni de longues plumes fines et mêlées de bleu céleste ; ses yeux s’arrondissent et brillent comme des soleils ; son nez n’est plus qu’un bec d’ivoire ; il s’élève sur sa tête une aigrette blanche, qui forme une couronne ; il chante à ravir, et parle de même. En cet état il jette un cri douloureux de se voir ainsi métamorphosé, et s’envole à tire-d’aile pour fuir le funeste palais de Soussio.   At the same moment the king changed. Feathers covered his arms, which became wings, and his legs and feet became black and thin. He grew hooked claws, his body shrank and became covered in fine, long, sky blue feathers. His eyes became round and shone like stars. His nose was just an ivory beak and on his head was a white crest like a crown. He sang delightfully, and he could speak too. He gave a cry of pain to see himself so changed, and flew off at top speed from Soussio’s gloomy palace.
Dans la mélancolie qui l’accable, il voltige de branche en branche, et ne choisit que les arbres consacrés à l’amour ou à la tristesse, tantôt sur les myrtes, tantôt sur les cyprès ; il chante des airs pitoyables, où il déplore sa méchante fortune et celle de Florine. « En quel lieu ses ennemis l’ont-ils cachée ? disait-il. Qu’est devenue cette belle victime ? La barbarie de la reine la laisse-t-elle encore respirer ? Où la chercherai-je ? Suis-je condamné à passer sept ans sans elle ? Peut-être que pendant ce temps on la mariera, et que je perdrai pour jamais l’espérance qui soutient ma vie. » Ces différentes pensées affligeaient l’Oiseau Bleu à tel point, qu’il voulait se laisser mourir.   Overwhelmed by melancholy, he fluttered from branch to branch, choosing only trees associated with love or sadness, sometimes myrtles, at other times cypress. He sang pitiable songs of regret for the ill-fortune which had overtaken him and Florine. “Where have her enemies hidden her?” he said. “What has become of their lovely victim? Is she still alive despite the barbarity of the queen? Where shall I look for her? Am I condemned to spend seven years without her? Perhaps during that time she will marry, and I will lose for ever the hope that keeps me alive”. These thoughts bore down the Blue Bird so much that he wanted to die.
La fée Soussio renvoya Truitonne à la reine, qui était bien inquiète comment les noces se seraient passées. Mais quand elle vit sa fille, et qu’elle lui raconta tout ce qui venait d’arriver, elle se mit dans une colère terrible, dont le contrecoup retomba sur la pauvre Florine. « Il faut, dit-elle, qu’elle se repente plus d’une fois d’avoir su plaire à Charmant. »   The fairy Soussio sent Troutlet back to the queen, who had been worrying about the outcome of the wedding. When she saw her daughter and heard all that had happened, she went into a terrible fury which rebounded onto poor Florine. “She must be made to repent more than once of having known how to attract Charming”.

Elle monta dans la tour avec Truitonne, qu’elle avait parée de ses plus riches habits : elle portait une couronne de diamants sur sa tête, et trois filles des plus riches barons de l’État tenaient la queue de son manteau royal ; elle avait au pouce l’anneau du roi Charmant, que Florine remarqua le jour qu’ils parlèrent ensemble. Elle fut étrangement surprise de voir Truitonne dans un si pompeux appareil.

« Voilà ma fille qui vient vous apporter des présents de sa noce, dit la reine : le roi Charmant l’a épousée, il l’aime à la folie, il n’a jamais été de gens plus satisfaits. »

  She climbed the tower with Troutlet, having dressed her in the finest clothes, with a crown of diamonds on her head and three daughters of the wealthiest barons in the country to hold the train of her royal mantle. On her thumb she wore King Charming’s ring, which Florine had noticed on the day they spoke. She was surprised to see Troutlet dressed with such state.
“My daughter has come to bring you gifts from her wedding” said the queen. “King Charming has married her, he is madly in love with her, a couple has never been so happy”.
Aussitôt on étale devant la princesse des étoffes d’or et d’argent, des pierreries, des dentelles, des rubans, qui étaient dans de grandes corbeilles de filigrane d’or. En lui présentant toutes ces choses, Truitonne ne manquait pas de faire briller l’anneau du roi ; de sorte que la princesse Florine ne pouvait plus douter de son malheur. Elle s’écria, d’un air désespéré, qu’on ôtât de ses yeux tous ces présents si funestes ; qu’elle ne pouvait plus porter que du noir, ou plutôt qu’elle voulait présentement mourir. Elle s’évanouit ; et la cruelle reine, ravie d’avoir si bien réussi, ne permit pas qu’on la secourût : elle la laissa seule dans le plus déplorable état du monde.   Cloth of gold and silver were spread out before the princess, with jewels, lace and ribbons in large baskets of gold filigree. While showing her all these things, Troutlet took care to make the king’s ring catch the light, so that princess Florine could have no doubt of her misfortune. She cried out desperately to have all these ghastly gifts taken from her sight, that in future she would wear only black, that she wanted to die. She fainted, and the cruel queen, delighted by her success, permitted no-one to help her but left her alone in the most deplorable state in the world.
Lorsque la princesse revint de son évanouissement, et qu’elle réfléchit sur la conduite qu’on tenait avec elle, aux mauvais traitements qu’elle recevait de son indigne marâtre, et à l’espérance qu’elle perdait pour jamais d’épouser le roi Charmant, sa douleur devint si vive, qu’elle pleura toute la nuit ; en cet état elle se mit à sa fenêtre, où elle fit des regrets fort tendres et fort touchants. Quand le jour approcha, elle la ferma et continua de pleurer.   When the princess came to herself again, and thought about the way people behaved towards her, the ill treatment she received from her stepmother, and her lost hope of marrying King Charming, her pain became so keen that she cried all night at her window. Her regret was both tender and touching. With the approach of day, she shut the window and carried on crying.
La nuit suivante, elle ouvrit la fenêtre, elle poussa de profonds soupirs et des sanglots, elle versa un torrent de larmes : le jour venu, elle se cacha dans sa chambre. Cependant le roi Charmant, ou pour mieux dire le bel Oiseau Bleu, ne cessait point de voltiger autour du palais ; il jugeait que sa chère princesse y était enfermée, et, si elle faisait de tristes plaintes, les siennes ne l’étaient pas moins. Il s’approchait des fenêtres le plus qu’il pouvait, pour regarder dans les chambres ; mais la crainte que Truitonne ne l’aperçût et ne se doutât que c’était lui, l’empêchait de faire ce qu’il aurait voulu. « Il y va de ma vie, disait-il en lui-même : si ces mauvaises découvraient où je suis, elles voudraient se venger ; il faudrait que je m’éloignasse, ou que je fusse exposé aux derniers dangers. » Ces raisons l’obligèrent à garder de grandes mesures, et d’ordinaire il ne chantait que la nuit.   The next night she opened the window. Sobbing and sighing deeply, she cried a flood of tears. With the coming of day she hid in her room. Meanwhile King Charming, or rather the beautiful Blue Bird, fluttered constantly around the palace. He thought his dear princess was locked up inside, and if her plaints were sad, his were just as sad. He went as close to the windows as he could, to look into the rooms, but was held back by the fear that Troutlet would notice and suspect that it was him. “It would be all up for me”, he said to himself, “if these wicked women discover where I am. They would want to revenge themselves. I must keep my distance or be exposed to more danger.” He took careful precautions and seldom sang at night.
Il y avait vis-à-vis de la fenêtre où Florine se mettait, un cyprès d’une hauteur prodigieuse : l’Oiseau Bleu vint s’y percher. Il y fut à peine, qu’il entendit une personne qui se plaignait : « Souffrirai-je encore longtemps ? disait-elle ; la mort ne viendra-t-elle point à mon secours ? Ceux qui la craignent ne la voient que trop tôt ; je la désire et la cruelle me fuit. Ah ! barbare reine, que t’ai-je fait, pour me retenir dans une captivité si affreuse ? Tu n’as qu’à me rendre témoin du bonheur que ton indigne fille goûte avec le roi Charmant ! »   Opposite Florine’s window was a particularly tall cypress. The Blue Bird came and perched in it. He had only just got there when he heard somebody lamenting “Will I suffer even longer? Will death not come to my rescue? Those who fear death meet it only too soon; I desire it and it runs from me. Oh, barbarous queen, what have I done to you, to keep me locked up? The only thing you need to do is make me witness your unworthy daughter’s happiness with King Charming!”
L’Oiseau Bleu n’avait pas perdu un mot de cette plainte ; il en demeura bien surpris, et il attendit le jour avec la dernière impatience, pour voir la dame affligée ; mais avant qu’il vînt, elle avait fermé la fenêtre et s’était retirée.   The Blue Bird heard every word of this lament. He was taken aback, and waited impatiently for daylight to see the distressed lady, but before it came she closed the window and retreated.
L’oiseau curieux ne manqua pas de revenir la nuit suivante : il faisait clair de lune. Il vit une fille à la fenêtre de la tour: « Fortune, disait-elle, que t’ai-je fait pour me plonger tout d’un coup dans les plus amères douleurs ? Est-ce dans un âge aussi tendre que le mien qu’on doit commencer à ressentir ton inconstance ? »   The strange bird made sure to come back the following night. It was moonlight. He saw a girl at the window of the tower. “Fortune,” she said “what have I done to you that you plunge me suddenly into the bitterest grief? Must I start to feel your fickle hand at such a tender age?”
L’Oiseau Bleu écoutait ; et plus il écoutait, plus il se persuadait que c’était son aimable princesse qui se plaignait. Il lui dit : « Adorable Florine, merveille de nos jours, pourquoi voulez-vous finir si promptement les vôtres ? vos maux ne sont point sans remède.
- Hé ! qui me parle? s’écria-t-elle
- Un roi malheureux, reprit l’Oiseau, qui vous aime et n’aimera jamais que vous.
- Un roi qui m’aime ! ajouta-t-elle : est-ce ici un piège que me tend mon ennemie ? Mais, au fond, qu’y gagnera-t-elle ? Si elle cherche à découvrir mes sentiments, je suis prête à lui en faire l’aveu.
- Non, ma princesse, répondit-il : l’amant qui vous parle n’est point capable de vous trahir. »
  The Blue Bird listened, and the more he listened the more he thought it was his lovable princess who lamented. He said to her “Adorable Florine, marvel of our days, why do you want to finish your own so soon? Your ills are not without remedy”.
“Who is that?” she cried
“An unhappy king” said the Bird, “who loves you, and you will never love anybody but you.”
“A king who loves me!” she said. “Is this a snare laid by my enemy? But what would she gain? If she wants to find out my feelings, I am ready to admit them.”
“No, my princess” he answered “the lover who speaks to you is incapable of betraying you.”
En achevant ces mots, il vola sur la fenêtre. Florine eut d’abord grande peur d’un oiseau si extraordinaire, qui parlait avec autant d’esprit que s’il avait été homme, quoiqu’il conservât le petit son de voix d’un rossignol ; mais la beauté de son plumage et ce qu’il lui dit la rassura.   With these words, he flew to the window. Florine at first was afraid of such an extraordinary bird, who spoke like a man although in the tones of a nightingale; but the beauty of his plumage reassured her, as did his words.
« M’est-il permis de vous revoir, ma princesse ? s’écria-t-il. Puis-je goûter un bonheur si parfait sans mourir de joie ? Mais, hélas ! que cette joie est troublée par votre captivité et l’état où la méchante Soussio m’a réduit pour sept ans !
- Et qui êtes-vous, charmant Oiseau ? dit la princesse en le caressant.
- Vous avez dit mon nom, ajouta le roi, et vous feignez de ne pas me connaître.
  “May I see you again, princess?” he cried. “Can I enjoy such perfect happiness without dying of joy? But alas, that joy is less because of your imprisonment and the condition to which the wicked Soussio has reduced me for seven years!”
“And who are you, charming Bird?” said the princess, caressing him.
“You have said my name”, replied the king, “yet you pretend not to recognise me”.
- Quoi ! le plus grand roi du monde, quoi ! le roi Charmant, dit la princesse, serait le petit oiseau que je tiens ?
- Hélas ! belle Florine, il n’est que trop vrai, reprit-il ; et, si quelque chose m’en peut consoler, c’est que j’ai préféré cette peine à celle de renoncer à la passion que j’ai pour vous.
- Pour moi ! dit Florine. Ah ! ne cherchez point à me tromper ! Je sais, je sais que vous avez épousé Truitonne ; j’ai reconnu votre anneau à son doigt : je l’ai vue toute brillante des diamants que vous lui avez donnés. Elle est venue m’insulter dans ma triste prison ; chargée d’une riche couronne et d’un manteau royal qu’elle tenait de votre main pendant que j’étais chargée de chaînes et de fers.
- Vous avez vu Truitonne en cet équipage ? interrompit le roi ; sa mère et elle ont osé vous dire que ces joyaux venaient de moi ? 0 ciel ! est-il possible que j’entende des mensonges si affreux, et que je ne puisse m’en venger aussitôt que je le souhaite ? Sachez qu’elles ont voulu me décevoir, qu’abusant de votre nom, elles m’ont engagé d’enlever cette laide Truitonne ; mais, aussitôt que je connus mon erreur, je voulus l’abandonner, et je choisis enfin d’être Oiseau Bleu sept ans de suite, plutôt que de manquer à la fidélité que je vous ai vouée. »
  “What! The greatest king in the world?” said the princess “King Charming is the little bird that I hold in my hands?”
“Alas, too true, beautiful Florine” he replied. “By way of consolation, I preferred this suffering to giving up my passion for you.”
“For me!” said Florine. “Oh, do not try to trick me. I know, I know you have married Troutlet; I saw your ring on her finger, I saw her glittering with the diamonds you gave her. She came to jeer at me in my sad prison, weighed down with a splendid crown and a royal mantle that she had received from your hand while I was loaded down with chains and manacles.
“You saw Troutlet in that get-up?” said the king, interrupting. “She and her mother dared tell you those jewels were from me? O heavens! Can I be hearing such frightful lies and that I cannot take vengeance at once as I would like? They tried to deceive me, using your name to get me to carry off Troutlet, but as soon as I realised my mistake I gave her up, and finally chose to spend seven years as the Blue Bird rather than break my oath of fidelity to you.”
Florine avait un plaisir si sensible d’entendre parler son aimable amant, qu’elle ne se souvenait plus des malheurs de sa prison. Que ne lui dit-elle pas pour le consoler de sa triste aventure, et pour le persuader qu’elle ne ferait pas moins pour lui qu’il n’avait fait pour elle ? Le jour paraissait, la plupart des officiers étaient déjà levés, que l’Oiseau Bleu et la princesse parlaient encore ensemble. Ils se séparèrent avec mille peines, après s’être promis que toutes les nuits ils s’entretiendraient ainsi.
La joie de s’être trouvés était si extrême, qu’il n’est point de termes capables de l’exprimer ; chacun de son côté remerciait l’amour et la fortune. Cependant Florine s’inquiétait pour l’Oiseau Bleu : « Qui le garantira des chasseurs, disait-elle, ou de la serre aiguë de quelque aigle, ou de quelque vautour affamé, qui le mangerait avec autant d’appétit que si ce n’était pas un grand roi ? 0 ciel ! que deviendrais-je si ses plumes légères et fines, poussées par le vent, venaient jusque dans ma prison m’annoncer le désastre que je crains ? »Cette pensée empêcha que la pauvre princesse fermât les yeux : car, lorsque l’on aime, les illusions paraissent des vérités, et ce que l’on croyait impossible dans un autre temps semble aisé en celui-là, de sorte qu’elle passa le jour à pleurer, jusqu’à ce que l’heure fût venue de se mettre à sa fenêtre.
 

Florine felt such a keen pleasure at her lover’s voice that she forgot the misery of her prison. What did she not say to him to console him for his sad experiences, and to persuade him that she would do no less for him than he had done for her! Daylight came, most of the courtiers were already up and the Blue Bird and the princess talked on. They parted with great difficulty, after mutual promises to meet every night.
Their joy in having found each other again was so great that words cannot express it, and each of them thanked love and fortune. However Florine was worried. “Who will protect him from hunters” she said, “or from the sharp talons of some eagle or some hungry vulture, who would eat him with just as much pleasure as if he were not a great king. O heavens, what would become of me if the wind blew just his fine, light feathers to my prison to show this disaster had befallen him?”

These thoughts kept the princess awake because, when you’re in love, illusions seem real and things seem easy that would seem impossible at other times, so she spent the day weeping until it was time for her to go to the window.

Le charmant Oiseau, caché dans le creux d’un arbre, avait été tout le jour occupé à penser à sa belle princesse. « Que je suis content, disait-il, de l’avoir retrouvée ! qu’elle est engageante! » Ce tendre amant comptait jusqu’aux moindres moments de la pénitence qui l’empêchait de l’épouser, et jamais on n’en a désiré la fin avec plus de passion. Comme il voulait faire à Florine toutes les galanteries dont il était capable, il vola jusqu’à la ville capitale de son royaume ; il alla à son palais, il entra dans son cabinet par une vitre qui était cassée ; il prit des pendants d’oreilles de diamants, si parfaits et si beaux qu’il n’y en avait point au monde qui en approchassent ; il les apporta le soir à Florine, et la pria de s’en parer. « J’y consentirais, lui dit-elle, si vous me voyiez le jour ; mais puisque je ne vous parle que la nuit, je ne les mettrai pas. » L’Oiseau lui promit de prendre si bien son temps, qu’il viendrait à la tour à l’heure qu’elle voudrait : aussitôt elle mit les pendants d’oreilles, et la nuit se passa à causer, comme s’était passée l’autre.   The Bird, hidden in the hollow of a tree, had spent all day thinking of his beautiful princess. “How happy I am to have found her again! How delightful she is!” This tender lover reckoned up every moment of the long punishment that stood between him and their marriage, and nobody ever wished more passionately for anything to be over. Wanting to pay Florine all the compliments he could, he flew to the capital of his own kingdom, went to his palace, entered his chambers by a broken window and took a pair of diamond earrings, so perfect and beautiful that nothing in the world equalled them. That evening he took them to Florine and asked her to wear them. “I would”, she said, “if you saw me during the day, but as we meet only at night I will not wear them.” The Bird promised that he would come at any time she wished. At once she put on the earrings and they spent the night talking, like the night before.
Le lendemain l’Oiseau Bleu retourna dans son royaume. Il alla à son palais ; il entra dans son cabinet par la vitre rompue, et il en apporta les plus riches bracelets que l’on eût encore vus : ils étaient d’une seule émeraude, taillés en facettes creuses par le milieu, pour y passer la main et le bras.
« Pensez-vous, lui dit la princesse, que mes sentiments pour vous aient besoin d’être cultivés par des présents ? Ah ! que vous me connaîtriez mal.
- Non, madame, répliquait-il, je ne crois pas que les bagatelles que je vous offre soient nécessaires pour me conserver votre tendresse ; mais la mienne serait blessée si je négligeais aucune occasion de vous marquer mon attention ; et, quand vous ne me voyez point, ces petits bijoux me rappellent à votre souvenir. »
  The next day, the Blue Bird went back to his kingdom, went to the palace, got into his chambers through the broken window and brought away the costliest bracelets ever seen. They were made of a single emerald, cut into facets and hollowed in the middle so the wearer could slip them onto her wrist.
The princess said to him, “If you think my feelings for you need to be strengthened with gifts, you don’t know me very well.”
“No, my lady”, he replied, “I don’t think I need to keep your affection by offering these trifles, but for the sake of my feelings for you I don’t want to miss any opportunity, and when we are apart these little jewels will keep me in your mind”.
La nuit suivante, l’Oiseau amoureux ne manqua pas d’apporter à sa belle une montre d’une grandeur raisonnable, qui était dans une perle : l’excellence du travail surpassait celle de la matière.
« Il est inutile de me régaler d’une montre, dit-elle galamment ; quand vous êtes éloigné de moi, les heures me paraissent sans fin ; quand vous êtes avec moi, elles passent comme un songe : ainsi je ne puis leur donner une juste mesure.
- Hélas ! ma princesse, s’écria l’Oiseau Bleu, j’en ai la même opinion que vous.
- Après ce que vous souffrez pour me conserver votre cœur, répliqua-t-elle, je suis en état de croire que vous avez porté l’amitié et l’estime aussi loin qu’elles peuvent aller. »
 

The next night, the Bird brought his lady a watch set in a pearl. The materials were surpassed only by the skill of the craftsman.

“It’s no use giving me a watch”, she said, “when you are absent every hour seems endless, and when you are with me the time goes like a dream, so they can’t be measured.”
“Alas, my princess” cried the Blue Bird, “I feel just the same.”

“After what you have suffered to keep your heart for me,” she replied, “I can believe that you have taken friendship and regard as far as they can go.”

Dès que le jour paraissait, l’Oiseau volait dans le fond de son arbre, où des fruits lui servaient de nourriture. Quelquefois encore il chantait de beaux airs : sa voix ravissait les passants, ils l’entendaient et ne voyaient personne, aussi il était conclu que c’étaient des esprits. Cette opinion devint si commune, que l’on n’osait entrer dans le bois, on rapportait mille aventures fabuleuses qui s’y étaient passées, et la terreur générale fit la sûreté particulière de l’Oiseau Bleu.
Il ne se passait aucun jour sans qu’il fît un présent à Florine : tantôt un collier de perles, ou des bagues des plus brillantes et des mieux mises en œuvre, des attaches de diamants, des poinçons, des bouquets de pierreries qui imitaient la couleur des fleurs, des livres agréables, des médailles, enfin, elle avait un amas de richesses merveilleuses. Elle ne s’en parait jamais que la nuit pour plaire au roi, et le jour, n’ayant pas d’endroit où les mettre, elle les cachait soigneusement dans sa paillasse.
 

With the coming of day, the Bird flew back to his tree where he ate its berries. Sometimes he still sang beautiful songs.

His voice delighted passers-by. Seeing nobody, they decided that the singer must be a spirit. This opinion became so widespread that nobody dared enter the wood, a thousand stories were made up about it, and the Blue Bird was kept quite safe by the general dread.

Not a day went by without his giving some present to Florine : sometimes a pearl necklace, or sparkling rings of the finest workmanship, diamond clasps, bodkins, bouquets of jewels like flowers, good books, medals, a pile of splendid wealth. Every night she put them on to please the king, and in the day, having nowhere to keep them, she tucked them carefully into her mattress.

Deux années s’écoulèrent ainsi sans que Florine se plaignît une seule fois de sa captivité. Et comment s’en serait-elle plainte ? elle avait la satisfaction de parler toute la nuit à ce qu’elle aimait. Bien qu’elle ne vît personne et que l’Oiseau passât le jour dans le creux d’un arbre, ils avaient mille nouveautés à se raconter : leur cœur et leur esprit fournissaient abondamment des sujets de conversation. L'Oiseau Bleu Two years went by in this way, without Florine once lamenting her captivity. And what did she have to complain of? She had the satisfaction of talking all night with one she loved. Although she never saw anybody and the Bird spent the day in the hollow of a tree, they always had a thousand new things to tell each other. Their hearts and minds gave them plenty to talk about.
     
 

 

 

 

 

 

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