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Example (4)

 

 

Second part of the classic fairy story L'Oiseau Bleu, by Madame d'Aulnoy (1601-1705)
Parallel text, bilingual French & English

Fairytale castleThe Blue Bird

 

 

 
     
Cependant la malicieuse reine, qui la retenait si cruellement en prison, faisait d’inutiles efforts pour marier Truitonne. Elle envoyait des ambassadeurs la proposer à tous les princes dont elle connaissait le nom : dès qu’ils arrivaient, on les congédiait brusquement. « S’il s’agissait de la princesse Florine, vous seriez reçus avec joie, leur disait-on ; mais pour Truitonne, elle peut rester vestale sans que personne s’y oppose. » A ces nouvelles, sa mère et elle s’emportaient de colère contre l’innocente princesse qu’elles persécutaient : « Quoi ! malgré sa captivité, cette arrogante nous traversera ! disaient-elles. Quel moyen de lui pardonner les mauvais tours qu’elle nous fait ? Il faut qu’elle ait des correspondances secrètes dans les pays étrangers : c’est tout au moins une criminelle d’État ; traitons-la sur ce pied, et cherchons tous les moyens possibles de la convaincre. »   Meanwhile the malicious queen, who was so cruelly keeping her imprisoned, tried uselessly to get Troutlet married off. She sent ambassadors to make proposals to every prince she knew of. The moment they arrived, they were brusquely dismissed. “If you came about princess Florine you would be received with joy,” they were told “but nobody here would mind if Troutlet stays a vestal.” On hearing this, she and her mother were again enraged against the innocent princess they were persecuting. “The arrogant thing thwarts us even from her prison!” they said. “How could we pardon her for what she has done to us? She must be secretly corresponding with foreign countries. At the very least she is an enemy of the State; we will try all possible ways to have her convicted.”

Elles finirent leur conseil si tard, qu’il était plus de minuit lorsqu’elles résolurent de monter dans la tour pour l’interroger. Elle était avec l’Oiseau Bleu à la fenêtre, parée de ses pierreries, coiffée de ses beaux cheveux, avec un soin qui n’était pas naturel aux personnes affligées ; sa chambre et son lit étaient jonchés de fleurs, et quelques pastilles d’Espagne qu’elle venait de brûler répandaient une odeur excellente. La reine écouta à la porte ; elle crut entendre chanter un air à deux parties : car Florine avait une voix presque céleste. En voici les paroles, qui lui parurent tendres :

Que notre sort est déplorable,
Et que nous souffrons de tourment
Pour nous aimer trop constamment !
Mais c’est en vain qu’on nous accable!
Malgré nos cruels ennemis,
Nos cœurs seront toujours unis.

 

They finished their discussion so late that it was after midnight when they decided to climb the tower and interrogate the princess. She was with the Blue Bird at the window, wearing her jewels, her hair done with more care than would be expected of a person in distress, and her room and her bed were crowded with flowers, and smelt delightfully of Spanish incense that she had just burned. The queen listened at the door. She thought she heard a song for two voices; Florine had a heavenly voice. Here were the words, which seemed to her to be tender:

Our state is grave, we are in torment
For having loved too constantly
They overpower us, but in vain
Cruel enemies cannot part us

Quelques soupirs finirent leur petit concert.

« Ah ! ma Truitonne, nous sommes trahies », s’écria la reine en ouvrant brusquement la porte, et se jetant dans la chambre.
Que devint Florine à cette vue ? Elle poussa promptement sa petite fenêtre, pour donner le temps à l’Oiseau royal de s’envoler. Elle était bien plus occupée de sa conservation que de la sienne propre ; mais ses yeux perçants lui avaient découvert le péril auquel sa princesse était exposée. Il avait vu la reine et Truitonne ; quelle affliction de n’être pas en état de défendre sa maîtresse ! Elles s’approchèrent d’elle comme des furies qui voulaient la dévorer.
« L’on sait vos intrigues contre l’État, s’écria la reine, ne pensez pas que votre rang vous sauve des châtiments que vous méritez.
- Et avec qui, madame ? répliqua la princesse. N’êtes-vous pas ma geôlière depuis deux ans ? Ai-je vu d’autres personnes que celles que vous m’avez envoyées ? »

 

The little concert finished with sighs.

“Troutlet, we are betrayed” cried the queen, throwing open the door and hurling herself into the room.
What did Florine do? She promptly pushed open the little window, to give the Blue Bird time to fly away. She was more concerned with his safety than her own, but his piercing eyes had seen the peril to which the princess was exposed. He had seen the queen and Troutlet; how dreadful to be unable to defend his love! They descended on her like Furies wanting to devour her.

“We know of your plots against the State,” cried the queen, “and your rank won’t save you from the punishment you deserve.”
“And with whom, my lady?” replied the princess. Have you not been my jailer for the last two years? Have I seen anybody other than those you have sent?”

Pendant qu’elle parlait, la reine et sa fille l’examinaient avec une surprise sans pareille, son admirable beauté et son extraordinaire parure les éblouissaient.
« Et d’où vous viennent, madame, dit la reine, ces pierreries qui brillent plus que le soleil ? Nous ferez-vous accroire qu’il y en a des mines dans cette tour ?
- Je les y ai trouvées, répliqua Florine ; c’est tout ce que j’en sais. »
La reine la regardait attentivement, pour pénétrer jusqu’au fond de son cœur ce qui s’y passait.
  While she spoke, the queen and her daughter stared at her in amazement, dazzled by her beauty and finery.
“And where, my lady” said the queen “did you get these jewels that outshine the sun? Would you have us believe that there are mines in this tower?”
“I found them”, replied Florine, “that’s all I know about it”.
The queen watched her carefully, as if to see to the bottom of her heart.
« Nous ne sommes pas vos dupes, dit-elle ; vous pensez nous en faire accroire ; mais, princesse, nous savons ce que vous faites depuis le matin jusqu’au soir. On vous a donné tous ces bijoux dans la seule vue de vous obliger à vendre le royaume de votre père.
- Je serais fort en état de le livrer ! répondit-elle avec un sourire dédaigneux : une princesse infortunée, qui languit dans les fers depuis si longtemps, peut beaucoup dans un complot de cette nature!
- Et pour qui donc, reprit la reine, êtes-vous coiffée comme une petite coquette, votre chambre pleine d’odeurs, et votre personne si magnifique, qu’au milieu de la cour vous seriez moins parée ?
- J’ai assez de loisir, dit la princesse ; il n’est pas extraordinaire que j’en donne quelques moments à m’habiller ; j’en passe tant d’autres à pleurer mes malheurs, que ceux-là ne sont pas à me reprocher.
- Çà, çà, voyons, dit la reine, si cette innocente personne n’a point quelque traité fait avec les ennemis. »
 

“We aren’t stupid” she said. “You would have us believe that but, princess, we know what you do from morning to night. Somebody has given you these jewels with the sole aim of making you sell your father’s kingdom.”

“And I would certainly be in a position to give it to them!” she replied, with a scornful smile. “An unfortunate princess languishing in irons for so long could achieve a lot in that sort of conspiracy.”
“And for whose benefit, then, are you dressed like a little flirt, your room scented and so dressed up that you would wear less finery at court?”
“I have enough leisure time”, said the princess “it is hardly surprising if I spend a little time dressing. I spend so many others lamenting my misfortunes that I need not reproach myself”.
“We will see,” said the queen “whether this innocent person has made a treaty with our enemies”.

Elle chercha elle-même partout ; et venant à la paillasse, qu’elle fit vider, elle y trouva une si grande quantité de diamants, de perles, de rubis, d’émeraudes et de topazes, qu’elle ne savait d’où cela venait. Elle avait résolu de mettre en quelque lieu des papiers pour perdre la princesse ; dans le temps qu’on n’y prenait pas garde, elle en cacha dans la cheminée : mais par bonheur l’Oiseau Bleu était perché au-dessus, qui voyait mieux qu’un lynx, et qui écoutait tout. Il s’écria : « Prends garde à toi, Florine, voilà ton ennemie qui veut te faire une trahison. »
Cette voix si peu attendue épouvanta à tel point la reine, qu’elle n’osa faire ce qu’elle avait médité. « Vous voyez, madame, dit la princesse, que les esprits qui volent en l’air me sont favorables.
  She herself searched the entire room. Coming to the mattress, she emptied it and found such a large quantity of diamonds, pearls, rubies, emeralds and topazes that she could not imagine where they came from. She had decided to plant some incriminating papers by which the princess would be lost. When nobody was looking she hid them in the chimney, but luckily the Bird was perched at the top and heard everything. He cried out “Watch out, Florine, your enemy seeks to betray you”.
This unexpected voice so terrified the queen that she dared not carry out her plan. “As you see, my lady,” said the princess “the spirits of the air are on my side.”
- Je crois, dit la reine outrée de colère, que les démons s’intéressent pour vous ; mais malgré eux votre père saura se faire justice.
- Plût au Ciel, s’écria Florine, n’avoir à craindre que la fureur de mon père ! Mais la vôtre, madame, est plus terrible. »
  “I believe” said the infuriated queen, “that the demons are on your side; but despite them your father will know how to do justice”.
“I wish to heaven”, cried Florine, “that I had nothing to fear but the fury of my father! Your own, madam, is more terrible.”
La reine la quitta, troublée de tout ce qu’elle venait de voir et d’entendre. Elle tint conseil sur ce qu’elle devait faire contre la princesse : on lui dit que, si quelque fée ou quelque enchanteur la prenaient sous leur protection, le vrai secret pour les irriter serait de lui faire de nouvelles peines, et qu’il serait mieux d’essayer de découvrir son intrigue. La reine approuva cette pensée ; elle envoya coucher dans sa chambre une jeune fille qui contrefaisait l’innocente : elle eut l’ordre de lui dire qu’on la mettait auprès d’elle pour la servir. Mais quelle apparence de donner dans un panneau si grossier ? La princesse la regarda comme une espionne, elle ne put ressentir une douleur plus violente. « Quoi ! je ne parlerais plus à cet Oiseau qui m’est si cher ! disait-elle. Il m’aidait à supporter mes malheurs, je soulageais les siens ; notre tendresse nous suffisait. Que va-t-il faire ? Que ferai-je moi-même ? » En pensant à toutes ces choses, elle versait des ruisseaux de larmes.   The queen left, disturbed by what she had just seen and heard. She and her counsellors met to decide what she should do against the princess and it was suggested that, if some fairy or enchanter had taken her under their protection, inflicting new punishments on her might just annoy them, so it would be better to try to find out what she was up to. The queen approved; she ordered a young girl to sleep in her room, feigning innocence and telling her that she was there to serve her. But who would fall into such a crude trap? The princess regarded her as a spy, and could not have felt more anguish. “Can I no longer speak to the Bird who is so dear to me?” she said. He helped me bear my misfortunes and I eased his; our affection was enough for us. What will he do? What will I do myself”? As she thought of all these things, she cried in torrents.
Elle n’osait plus se mettre à la petite fenêtre, quoiqu’elle entendît voltiger autour : elle mourait d’envie de lui ouvrir, mais elle craignait d’exposer la vie de ce cher amant. Elle passa un mois entier sans paraître ; l’Oiseau Bleu se désespérait. Comment vivre sans voir sa princesse ? Il n’avait jamais mieux ressenti les maux de l’absence et ceux de la métamorphose ; il cherchait inutilement des remèdes à l’une et à l’autre : après s’être creusé la tête, il ne trouvait rien qui le soulageât.   She did not dare sit by the window, although she heard him fly around; she was dying to open it, but afraid to risk the life of her darling. For a whole month she did not appear, and the Blue Bird was in despair. How could he live without seeing the princess? He had never felt more keenly the evil of her absence and his metamorphosis; despite racking his brains he found nothing to comfort him.

L’espionne de la princesse, qui veillait jour et nuit depuis un mois, se sentit si accablée de sommeil, qu’enfin elle s’endormit profondément. Florine s’en aperçut ; elle ouvrit sa petite fenêtre, et dit :

Oiseau Bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement.

 

The princess’s spy, after keeping watch day and night for a month, could keep awake no longer and fell into a deep sleep. Florine saw this, opened the little window and said:

Sky-blue Bird
Fly to me now

Ce sont là ses propres paroles, auxquelles l’on n’a rien voulu changer. L’Oiseau les entendit si bien, qu’il vint promptement sur la fenêtre. Quelle joie de se revoir ! Qu’ils avaient de choses à se dire ! Les amitiés et les protestations de fidélité se renouvelèrent mille et mille fois : la princesse n’ayant pu s’empêcher de répandre des larmes, son amant s’attendrit beaucoup et la consola de son mieux. Enfin, l’heure de se quitter étant venue, sans que la geôlière se fût réveillée, ils se dirent l’adieu du monde le plus touchant. Le lendemain encore l’espionne s’endormit ; la princesse diligemment se mit à la fenêtre, puis elle dit comme la première fois :

Oiseau Bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement
.

 

Those are her very words, and I have not changed a syllable. The Bird heard them and came at once to the window. How overjoyed they were to see each other! How many things they had to say! They declared their friendship and loyalty a thousand times over. The princess could not prevent herself bursting into tears. Her lover was moved and did his best to console her. Finally it was time to part, before the jailer woke up, and they said the most touching farewells in the world. The following day, the spy fell asleep again. The princess went at once to the window and just like the first time she said:

Sky-blue Bird
Fly to me now

Aussitôt l’Oiseau vint, et la nuit se passa comme l’autre, sans bruit et sans éclat, dont nos amants étaient ravis : ils se flattaient que la surveillante prendrait tant de plaisir à dormir, qu’elle en ferait autant toutes les nuits. Effectivement, la troisième se passa encore très heureusement ; mais pour celle qui suivit, la dormeuse ayant entendu du bruit, elle écouta sans faire semblant de rien ; puis elle regarda de son mieux, et vit au clair de la lune le plus bel oiseau de l’univers qui parlait à la princesse, qui la caressait avec sa patte, qui la becquetait doucement ; enfin elle entendit plusieurs choses de leur conversation, et demeura très étonnée : car l’Oiseau parlait comme un amant, et la belle Florine lui répondait avec tendresse.   At once the Bird came, and that night was spent like the other, in peace and quiet, and our lovers were delighted. They told themselves that the guard enjoyed her sleep so much she would do the same every night. And in fact the third night went very well, but the next time the sleeper heard a noise and listened without giving anything away. Then she looked carefully and in the moonlight she saw the most beautiful bird in the universe talking to the princess, who stroked him with her hand, which he pecked at gently. She heard some of their conversation and was amazed, because the Bird spoke like a lover, and the lovely Florine answered him tenderly.
Le jour parut, ils se dirent adieu ; et, comme s’ils eussent eu un pressentiment de leur prochaine disgrâce, ils se quittèrent avec une peine extrême. La princesse se jeta sur son lit toute baignée de ses larmes, et le roi retourna dans le creux de son arbre. Sa geôlière courut chez la reine ; elle lui apprit tout ce qu’elle avait vu et entendu. La reine envoya quérir Truitonne et ses confidentes ; elles raisonnèrent longtemps ensemble, et conclurent que l’Oiseau Bleu était le roi Charmant. « Quel affront ! s’écria la reine, quel affront, ma Truitonne ! Cette insolente princesse, que je croyais si affligée, jouissait en repos des agréables conversations de notre ingrat ! Ah ! je me vengerai d’une manière si sanglante qu’il en sera parlé. » Truitonne la pria de n’y perdre pas un moment ; et, comme elle se croyait plus intéressée dans l’affaire que la reine, elle mourait de joie lorsqu’elle pensait à tout ce qu’on ferait pour désoler l’amant et la maîtresse.   Daylight came and they said their farewells. As if they had a premonition, they found it very hard to part. The princess threw herself on her bed in a flood of tears, and the king went back to the hole in his tree. The jailer ran to the queen and told her all she had seen and heard. The queen sent for Troutlet and her counsellors; they discussed the matter for a long time and concluded that the Blue Bird was King Charming. “What an insult!” cried the queen, “what an insult, my Troutlet. I thought this insolent princess was in such distress, but she is peacefully enjoying pleasant conversations with that ingrate! I will take such bloody revenge that it will become a byword.” Troutlet begged her not to lose a moment; and as she felt it was more her affair than the queen’s she nearly died of joy when she thought of all they could do to devastate the lover and his mistress.

La reine renvoya l’espionne dans la tour ; elle lui ordonna de ne témoigner ni soupçon, ni curiosité, et de paraître plus endormie qu’à l’ordinaire. Elle se coucha de bonne heure, elle ronfla de son mieux, et la pauvre princesse déçue, ouvrant la petite fenêtre, s’écria :

Oiseau Bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement
.

 

The queen sent the spy back tot he tower, ordering her to give no sign of suspicion or curiosity and to seem even more deeply asleep than usual. She went to bed early, she snored as hard as she was able and the poor princess, taken in, opened the little window and cried:

Sky-blue Bird
Fly to me now

Mais elle l’appela toute la nuit inutilement, il ne parut point : car la méchante reine avait fait attacher au cyprès des épées, des couteaux, des rasoirs, des poignards ; et, lorsqu’il vint à tire-d’aile s’abattre dessus, ces armes meurtrières lui coupèrent les pieds ; il tomba sur d’autres, qui lui coupèrent les ailes ; et enfin, tout percé, il se sauva avec mille peines jusqu’à son arbre, laissant une longue trace de sang.   But she called all night to no purpose. There was no sign of him because the wicked queen had had swords, knives, razors and daggers attached to the cypress. When he flew up at top speed and landed on them, these murderous weapons cut his feet. He fell onto others which slashed his wings, and finally, bleeding from many wounds, he fled with great difficulty back to his tree leaving a long trail of blood.
Que n’étiez-vous là, belle princesse, pour soulager cet Oiseau royal ? Mais elle serait morte, si elle l’avait vu dans un état si déplorable. Il ne voulait prendre aucun soin de sa vie, persuadé que c’était Florine qui lui avait fait jouer ce mauvais tour. « Ah ! barbare, disait-il douloureusement, est-ce ainsi que tu paies la passion la plus pure et la plus tendre qui sera jamais ? Si tu voulais ma mort, que ne me la demandais-tu toi-même ? Elle m’aurait été chère de ta main. Je venais te trouver avec tant d’amour et de confiance ! Je souffrais pour toi, et je souffrais sans me plaindre ! Quoi ! tu m’as sacrifié à la plus cruelle des femmes ! Elle était notre ennemie commune ; tu viens de faire ta paix à mes dépens. C’est toi, Florine, c’est toi qui me poignardes ! Tu as emprunté la main de Truitonne, et tu l’as conduite jusque dans mon sein ! » Ces funestes idées l’accablèrent à un tel point qu’il résolut de mourir.   Oh that you had been there, lovely princess, to comfort this royal Bird. But she would have died if she had seen the terrible state he was in. He cared nothing for his life, convinced that it was Florine who had had this wicked trick played on him. “Barbarian!” he said painfully, “is this how you reward the purest and most tender passion there will ever be? If you wanted me dead, couldn’t you just have asked me? I would have accepted death from your hand. I had so much love and confidence when I came to find you! I suffered for you without complaint. And now you have sacrificed me to the most cruel of women! She was our joint enemy; you have made your peace with her at my expense. It is you, Florine, you who stab me to the heart! You have guided Troutlet’s fist to my breast”. These gloomy thoughts overwhelmed him to such a point that he decided to die.
Mais son ami l’enchanteur, qui avait vu revenir chez lui les grenouilles volantes avec le chariot sans que le roi parût, se mit si en peine de ce qui pouvait lui être arrivé, qu’il parcourut huit fois toute la terre pour le chercher, sans qu’il lui fût possible de le trouver. Il faisait son neuvième tour, lorsqu’il passa dans le bois où il était, et, suivant les règles qu’il s’était prescrites, il sonna du cor assez longtemps, et puis il cria cinq fois de toute sa force : « Roi Charmant, roi Charmant, où êtes-vous ? »   But his friend the enchanter, who had seen the flying frogs return with the chariot and no sign of the king, was so concerned about what might have happened to him that he had been round the world eight times looking for him, without being able to find him. He was making his ninth circle when he went through the wood and, according to the rules, he gave a long blast of a horn and shouted five times as loudly as possible “King Charming, King Charming, where are you?”
Le roi reconnut la voix de son meilleur ami :
« Approchez, lui dit-il, de cet arbre, et voyez le malheureux roi que vous chérissez, noyé dans son sang. »
L’enchanteur, tout surpris, regardait de tous côtés sans rien voir : « Je suis Oiseau Bleu », dit le roi d’une voix faible et languissante. A ces mots, l’enchanteur le trouva sans peine dans son petit nid. Un autre que lui aurait été étonné plus qu’il ne le fut ; mais il n’ignorait aucun tour de l’art nécromancien : il ne lui en coûta que quelques paroles pour arrêter le sang qui coulait encore ; et avec des herbes qu’il trouva dans le bois, et sur lesquelles il dit deux mots de grimoire, il guérit le roi aussi parfaitement que s’il n’avait pas été blessé.
  The king recognised the voice of his best friend:
“Come up to the tree” he said “and you’ll see your unfortunate king drowning in his own blood.” The enchanter, taken by surprise, looked all around without seeing him. “I’m the Blue Bird”, said the king weakly. On hearing this, the enchanter had no trouble finding him in his little nest. Anybody else would have been even more astonished, but there was no necromancer’s trick he did not know. With just a few words he stopped the bleeding, and with herbs that he found in the wood, and over which he said a words from his grimoire, he cured the king as well as if he had never been injured.
Il le pria ensuite de lui apprendre par quelle aventure il était devenu Oiseau, et qui l’avait blessé si cruellement. Le roi contenta sa curiosité : il lui dit que c’était Florine qui, pour faire sa paix avec la reine, elle avait consenti à laisser garnir le cyprès de poignards et de rasoirs, par lesquels il avait été presque haché ; il se récria mille fois sur l’infidélité de cette princesse, et dit qu’il s’estimerait heureux d’être mort avant d’avoir connu son méchant cœur. Le magicien se déchaîna contre elle et contre toutes les femmes ; il conseilla au roi de l’oublier. « Quel malheur serait le vôtre, lui dit-il, si vous étiez capable d’aimer plus longtemps cette ingrate ! Après ce qu’elle vient de vous faire, l’on en doit tout craindre. » L’Oiseau Bleu n’en put demeurer d’accord, il aimait encore trop chèrement Florine ; et l’enchanteur, qui connut ses sentiments malgré le soin qu’il prenait de les cacher, lui dit d’une manière agréable :   Then he asked him to recount the adventure by which he had become a bird, and who had injured him so cruelly. The king satisfied his curiosity; he told him that it was Florine who, to make her peace with the queen, had agreed to have the cypress studded with the daggers and razors that had almost minced him, and he complained a thousand times about princess’s breach of faith, and said he would have been happier if he had died before encountering her wicked heart. The magician really let himself go against her and all women, advising the king to forget her. “How unhappy you would be” he told him “if you loved this ingrate a moment longer! After what she did to you, she must be capable if anything”. The Blue Bird could not agree, he still loved Florine too dearly for that. The enchanter knew what he felt despite the trouble he took to hide his feelings, and said to him pleasantly:
Accablé d’un cruel malheur,
En vain l’on parle et l’on raisonne,
On n’écoute que sa douleur,
Et point les conseils qu’on nous donne.
Il faut laisser faire le temps;
Chaque chose a son point de vue ;
Et quand l’heure n’est pas venue,
On se tourmente vainement.
  “Everything has its time
There’s no reasoning with somebody in the throes of cruel misfortune.
Their pain makes them deaf to advice.
No point struggling when the hour has not yet come”.
Le royal Oiseau en convint, et pria son ami de le porter chez lui et de le mettre dans une cage où il fût à couvert de la patte du chat et de toute arme meurtrière. « Mais, lui dit l’enchanteur, resterez-vous encore cinq ans dans un état si déplorable et si peu convenable à vos affaires et à votre dignité ? Car enfin, vous avez des ennemis qui soutiennent que vous êtes mort ; ils veulent envahir votre royaume : je crains bien que vous ne l’ayez perdu avant d’avoir recouvré votre première forme.   The royal Bird agreed, and asked his friend to take him home and put him in a cage where he would be safe from cats and all deadly weapons. “But” said the enchanter ”are you going to stay another five years in this shape, which is so inconvenient for your business affairs and so ill-suited to your dignity? You have enemies who say you are dead; they want to invade your kingdom, and I am afraid you may lose it before you get back your original shape.”
- Ne pourrais-je pas, répliqua-t-il, aller dans mon palais et gouverner tout comme je faisais ordinairement ?
- Oh ! s’écria son ami, la chose est difficile ! Tel qui veut obéir à un homme ne veut pas obéir à un perroquet ; tel vous craint étant roi, étant environné de grandeur et de faste, qui vous arrachera toutes les plumes, vous voyant un petit oiseau.
- Eh bien, le roi continua, soyons philosophe, méprisons ce que nous ne pouvons obtenir : notre parti ne sera point le plus mauvais.
- Je ne me rends pas sitôt, dit le magicien, j’espère trouver quelques bons expédients. »
  “Couldn’t I just go to my palace”, he replied “and govern as I did before?”
“Oh”, cried his friend, “that is difficult. There are those who would obey a man but not a parrot; and those who feared you as a king, surrounded by pomp and grandeur, who would pull out your feathers if they saw you as a little bird.”
“Well” continued the king “let’s be philosophical and not yearn for what we can’t get. Things could hardly be worse.”
“I don’t give up so easily” said the magician. “I hope to find a way around the problem”.

Florine, la triste Florine, désespérée de ne plus voir le roi, passait les jours et les nuits à la fenêtre, répétant sans cesse :

Oiseau Bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement
.

 

Florine, poor Florine, desperate at no longer seeing the king, spent her days and nights at the window repeating endlessly:

Sky-blue Bird
Fly to me now

La présence de son espionne ne l’en empêchait point ; son désespoir était tel, qu’elle ne ménageait plus rien.
« Qu’êtes-vous devenu, roi Charmant ? s’écria-t-elle. Nos communs ennemis vous ont-ils fait ressentir les cruels effets de leur rage ? Avez-vous été sacrifié à leurs fureurs ? Hélas ! hélas ! n’êtes-vous plus ? Ne dois-je plus vous voir ? ou, fatigué de mes malheurs, m’avez-vous abandonnée à la dureté de mon sort ? » Que de larmes, que de sanglots suivaient ces tendres plaintes ! Que les heures étaient devenues longues par l’absence d’un amant si aimable et si cher ! La princesse, abattue, malade, maigre et changée, pouvait à peine se soutenir ; elle était persuadée que tout ce qu’il y a de plus funeste était arrivé au roi.
  The presence of the spy did not stop her; she was so desperate that she abandoned caution.
“What has become of you, King Charming?” she cried. “Have our common enemies brought their rage home to you? Have you been sacrificed to their fury? Alas, alas, are you no more? Must I never see you again? Or have you been so worn out by my misfortunes that you have left me to my harsh fate?” What tears, what sobs followed these loving words. How long the hours became in the absence of such a dear and loving lover! The princess, cast down, ill, thin and altered, could hardly keep going; she was convinced something dreadful had happened to the king.
La reine et Truitonne triomphaient ; la vengeance leur faisait plus de plaisir que l’offense ne leur avait fait de peine. Et, au fond, de quelle offense s’agissait-il ? Le roi Charmant n’avait pas voulu épouser un petit monstre qu’il avait mille sujets de haïr.   The queen and Troutlet were triumphant; the pleasure of their revenge had been more than the pain of the offence. And in the end, what offence had there been? King Charming had not wanted to marry a little monster he had a thousand reasons to hate.
Cependant le père de Florine, qui devenait vieux, tomba malade et mourut. La fortune de la méchante reine et sa fille changea de face : elles étaient regardées comme des favorites qui avaient abusé de leur faveur, le peuple mutiné courut au palais demander la princesse Florine, la reconnaissant pour souveraine. La reine, irritée, voulut traiter l’affaire avec hauteur ; elle parut sur un balcon et menaça les mutins. En même temps la sédition devint générale ; on enfonce les portes de son appartement, on le pille, et on l’assomme à coups de pierres. Truitonne s’enfuit chez sa marraine la fée Soussio ; elle ne courait pas moins de dangers que sa mère.   At this time Florine’s father, who was getting on in years, fell ill and died. The fortunes of the wicked queen and her daughter did an about-face because they were seen as royal favourites who had abused their position. There was a popular revolt, and the people ran to the palace to ask for princess Florine whom they recognised as their sovereign. The queen, irritated, tried to deal with this in her usual haughty way; she appeared on the balcony and threatened the revolutionaries. At that moment, real revolution broke out. The doors of her apartments were broken in, they were plundered and she was stoned to death. Troutlet fled to her fairy godmother Soussio; she was no less at risk than her mother.
Les grands du royaume s’assemblèrent promptement et montèrent à la tour, où la princesse était fort malade : elle ignorait la mort de son père et le supplice de son ennemie. Quand elle entendit tant de bruit, elle ne douta pas qu’on ne vînt la prendre pour la faire mourir ; elle n’en fut point effrayée : la vie lui était odieuse depuis qu’elle avait perdu l’Oiseau Bleu. Mais ses sujets s’étant jetés à ses pieds, lui apprirent le changement qui venait d’arriver à sa fortune ; elle n’en fut point émue. Ils la portèrent dans son palais et la couronnèrent. Les soins infinis que l’on prit de sa santé, et l’envie qu’elle avait d’aller chercher l’Oiseau Bleu, contribuèrent beaucoup à la rétablir, et lui donnèrent bientôt assez de force pour nommer un conseil, afin d’avoir soin de son royaume en son absence ; et puis elle partit une nuit toute seule, sans que personne sût où elle allait.   The great men of the kingdom came together promptly and climbed the tower, where they found the princess very ill. She did not know of her father’s death or the execution of her enemy. When she heard so much noise, she had no doubt that they were coming to put her to death. She was not at all afraid; life had become hateful to her since she lost the Blue Bird. But when her people threw themselves at her feet, she realised, unmoved, that her fortunes had changed. She was carried to the palace and crowned queen. They took great care of her health. Her desire to go and find the Blue Bird contributed greatly to her recovery, and gave her the strength to nominate a board of regent to look after the kingdom in her absence. Then she left one night all alone, without anyone knowing where she went.
L’enchanteur qui prenait soin des affaires du roi Charmant, n’ayant pas assez de pouvoir pour détruire ce que Soussio avait fait, s’avisa de l’aller trouver et de lui proposer quelque accommodement en faveur duquel elle rendrait au roi sa figure naturelle : il prit les grenouilles et vola chez la fée, qui causait dans ce moment avec Truitonne. D’un enchanteur à une fée il n’y a que la main ; ils se connaissaient depuis cinq ou six cents ans, et dans cet espace de temps ils avaient été mille fois bien et mal ensemble. Elle le reçut très agréablement : « Que veut mon compère ? lui dit-elle (c’est ainsi qu’ils se nomment tous). Y a-t’il quelque chose pour son service qui dépende de moi ?   The enchanter who took care of King Charming’s affairs, not having the power to undo what had been done, took it upon himself to go and find Soussio and try to find terms on which she would give the king back his natural form. Harnessing the frogs he flew to the home of the fairy, who at that time was talking with Troutlet. An enchanter and a fairy are in the same trade; they had known each for five or six hundred years and during that time they had met a thousand times on good and bad terms. She received him very pleasantly and asked him “Is there anything I can do for a comrade?”, for that was what they all called each other.
- Oui, ma commère, dit le magicien; vous pouvez tout pour ma satisfaction ; il s’agit du meilleur de mes amis, d’un roi que vous avez rendu infortuné.
- Ah ! ah ! je vous entends, compère, s’écria Soussio ; j’en suis fâchée, mais il n’y a point de grâce à espérer pour lui, s’il ne veut épouser ma filleule ; la voilà belle et jolie, comme vous voyez : qu’il se consulte. »
  “Yes, comrade” said the magician “you have it in your power to grant my wish, which relates to my best friend, a king that you have made wretched.”
“Ah, I understand you, comrade” cried Soussio. “I was angry with him then, but still he need not hope for release if he does not want to marry my god-daughter. Here she is, beautiful and blooming as you see. Let him think about it”
L’enchanteur pensa demeurer muet, il la trouva laide ; cependant il ne pouvait se résoudre à s’en aller sans régler quelque chose avec elle, parce que le roi avait couru mille risques depuis qu’il était en cage. Le clou qui l’accrochait s’était rompu ; la cage était tombée, et Sa Majesté emplumée souffrit beaucoup de cette chute ; Minet, qui se trouvait dans la chambre lorsque cet accident arriva, lui donna un coup de griffe dans l’œil dont il pensa rester borgne. Une autre fois on avait oublié de lui donner à boire ; il allait le grand chemin d’avoir la pépie, quand on l’en garantit par quelques gouttes d’eau. Un petit coquin de singe, s’étant échappé, attrapa ses plumes au travers des barreaux de sa cage, et il l’épargna aussi peu qu’il aurait fait un geai ou un merle. Le pire de tout cela, c’est qu’il était sur le point de perdre son royaume ; ses héritiers faisaient tous les jours des fourberies nouvelles pour prouver qu’il était mort. Enfin l’enchanteur conclut avec sa commère Soussio qu’elle mènerait Truitonne dans le palais du roi Charmant ; qu’elle y resterait quelques mois, pendant lesquels il prendrait sa résolution de l’épouser, et qu’elle lui rendrait sa figure ; quitte à reprendre celle d’oiseau, s’il ne voulait pas se marier.   The enchanter thought of saying nothing; he found her ugly. However he could not just leave without coming to some agreement with Soussio because the king had run a thousand risks while in his cage. The nail from which it hung had broken, the cage had fallen, his feathered Majesty had suffered greatly from the fall and Puss, who was in the room when the accident took place, had clawed his eye which he thought would stay sightless. Another time he had been left without anything to drink; he was in a fair way to die of thirst when somebody saved him with a few drops of water. An escaped monkey got hold of his feathers through the bars and treated him no better than he would have a jay or blackbird. The worst thing was that he was on the brink of losing his kingdom. Every day, some pretender to the throne came up with a new trick to show he was dead. Finally the enchanter agreed with his comrade Soussio that she would take Troutlet to the palace of King Charming, that she would stay several months, during which time he would make up his mind to marry her, and that she would give him back his form; or keep that of a bird if he did not want to marry.
La fée donna des habits tout d’or et d’argent à Truitonne, puis elle la fit monter en trousse derrière elle sur un dragon, et elles se rendirent au royaume de Charmant, qui venait d’y arriver avec son fidèle ami l’enchanteur. En trois coups de baguette il se vit le même qu’il avait été, beau, aimable, spirituel et magnifique ; mais il achetait bien cher le temps dont on diminuait sa pénitence : la seule pensée d’épouser Truitonne le faisait frémir. L’enchanteur lui disait les meilleures raisons qu’il pouvait, elles ne faisaient qu’une médiocre impression sur son esprit ; et il était moins occupé de la conduite de son royaume que des moyens de proroger le terme que Soussio lui avait donné pour épouser Truitonne.   The fairy gave Troutlet gold and silver garments, had her get up behind her on the back of a dragon, and off they went to the kingdom of King Charming, who had just arrived with his faithful friend the enchanter. Three strokes of her wand and he was the same as before, handsome, cordial, witty and splendid; but the reduction in his sentence was dearly bought. Just the thought of marrying Troutlet made him shudder. The enchanter’s arguments were good, but they did not make much impression on his mind. He was less concerned with ruling his kingdom than with extending the time that Soussio had given him to marry Troutlet.
Cependant la reine Florine, déguisée sous un habit de paysanne, avec ses cheveux mêlés, qui cachaient son visage, un chapeau de paille sur la tête, un sac de toile sur son épaule, commença son voyage, tantôt à pied, tantôt à cheval, tantôt par mer, tantôt par terre : elle faisait toute la diligence possible ; mais, ne sachant où elle devait tourner ses pas, elle craignait toujours d’aller d’un côté pendant que son roi serait de l’autre. Un jour qu’elle s’était arrêtée au bord d’une fontaine dont l’eau argentée bondissait sur de petits cailloux, elle eut envie de se laver les pieds ; elle s’assit sur le gazon, elle releva ses blonds cheveux avec un ruban, et mit ses pieds dans le ruisseau : elle ressemblait à Diane qui se baigne au retour d’une chasse. Il passa dans cet endroit une petite vieille toute voûtée, appuyée sur un gros bâton ; elle s’arrêta, et lui dit :
« Que faites-vous là, ma belle fille ? vous êtes bien seule !
- Ma bonne mère, dit la reine, je ne laisse pas d’être en grande compagnie, car j’ai avec moi les chagrins, les inquiétudes et les déplaisirs. »
  Meanwhile queen Florine, disguised in a peasant costume, with tangled hair which hid her face, a straw hat on her head and a cloth bag on her shoulder, set off on her journey. She travelled on foot and horseback, by land and sea. She made the best speed possible but, not knowing where she should direct her steps she was always afraid that she would go one way while her king went the other. One day she stopped beside a spring from which the silvery water gushed over little stones. Seized with the desire to wash her feet, she sat on the grass, tied up her blonde hair with a ribbon and put her feet in the stream; she looked like Diana bathing after the hunt. A bent little old woman went by, leaning on a big stick. She stopped and said
“What are you doing, my lovely? You are very much alone!”
“Good mother”, said the queen, “I have plenty of company for all that, because I have with me sadness, worries and annoyances.”
A ces mots, ses yeux se couvrirent de larmes.
« Quoi ! si jeune, vous pleurez, dit la bonne femme. Ah ! ma fille, ne vous affligez pas. Dites-moi ce que vous avez sincèrement, et j’espère vous soulager. »
La reine le voulut bien ; elle lui conta ses ennuis, la conduite que la fée Soussio avait tenue dans cette affaire, et enfin comme elle cherchait l’Oiseau Bleu.
  At these words, her eyes filled with tears.
“You are young to be crying like this” said the good woman. “Don’t take on so, my girl. Tell me what the trouble is and I may be able to help.”
The queen was willing enough; she told her her troubles, how the fairy Soussio had behaved, and finally how she was searching for the Blue Bird.
La petite vieille se redresse, s’agence, change tout d’un coup de visage, paraît belle, jeune, habillée superbement ; et regardant la reine avec un sourire gracieux : « Incomparable Florine, lui dit-elle, le roi que vous cherchez n’est plus oiseau : ma sœur Soussio lui a rendu sa première figure, il est dans son royaume ; ne vous affligez point ; vous y arriverez, et vous viendrez à bout de votre dessein. Voici quatre œufs ; vous les casserez dans vos pressants besoins, et vous y trouverez des secours qui vous seront utiles. » En achevant ces mots, elle disparut. Florine se sentit fort consolée de ce qu’elle venait d’entendre ; elle mit les œufs dans son sac, et tourna ses pas vers le royaume de Charmant. Primavera by Botticelli The little old woman drew herself up, drew herself together and was suddenly beautiful, young and superbly dressed. With a graceful smile she said “Matchless Florine, the king is no longer a bird. My sister Soussio has restored his original appearance and he is in his kingdom, so don’t grieve for him. You will get there too, and you will complete your purpose. Here are four eggs; break them when you are really in need, and you will find help which will be useful to you.” With these words, she disappeared. Florine felt much better as a result of what she had heard. She put the eggs in her bag and directed her steps towards Charming’s kingdom.
Après avoir marché huit jours et huit nuits sans s’arrêter, elle arrive au pied d’une montagne prodigieuse par sa hauteur, toute d’ivoire, et si droite que l’on n’y pouvait mettre les pieds sans tomber. Elle fit mille tentatives inutiles ; elle glissait, elle se fatiguait, et, désespérée d’un obstacle si insurmontable, elle se coucha au pied de la montagne, résolue de s’y laisser mourir, quand elle se souvint des œufs que la fée lui avait donnés. Elle en prit un : « Voyons, dit-elle, si elle ne s’est point moquée de moi en me promettant les secours dont j’aurais besoin. » Dès qu’elle l’eut cassé, elle y trouva de petits crampons d’or, qu’elle mit à ses pieds et à ses mains. Quand elle les eut, elle monta la montagne d’ivoire sans aucune peine, car les crampons entraient dedans et l’empêchaient de glisser. Lorsqu’elle fut tout en haut, elle eut de nouvelles peines pour descendre : toute la vallée était d’une seule glace de miroir. Il y avait autour plus de soixante mille femmes qui s’y miraient avec un plaisir extrême, car ce miroir avait bien deux lieues de large et six de haut. Chacune s’y voyait selon ce qu’elle voulait être : la rouge y paraissait blonde, la brune avait les cheveux noirs, la vieille croyait être jeune, la jeune n’y vieillissait point ; enfin, tous les défauts y étaient si bien cachés, que l’on y venait des quatre coins du monde. Il y avait de quoi mourir de rire, de voir les grimaces et les minauderies que la plupart de ces coquettes faisaient. Cette circonstance n’y attirait pas moins d’hommes ; le miroir leur plaisait aussi. Il faisait paraître aux uns de beaux cheveux, aux autres la taille plus haute, l’air martial, et meilleure mine. Les femmes, dont ils se moquaient, ne se moquaient pas moins d’eux ; de sorte que l’on appelait cette montagne de mille noms différents. Personne n’était jamais parvenu jusqu’au sommet ; et, quand on vit Florine, les dames poussèrent de longs cris de désespoir : « Où va cette malavisée ? disaient-elles. Sans doute qu’elle a assez d’esprit pour marcher sur notre glace ; du premier pas elle brisera tout. » Elles faisaient un bruit épouvantable.   After walking for eight days and eight nights without stopping, she arrived at the foot of a mountain, stupendously high, made entirely of ivory and so steep it had no foothold. She tried a thousand times to climb it but in vain, always slipping back down. Tired out and despairing of ever crossing such an insurmountable obstacle, she had lain down at the foot of the mountain, determined to die there, when she remembered the eggs the fairy had given her. She took one saying “Let’s see if she was making fun of me when she promised me the help I would need.” On breaking it, she found inside little gold spikes, which she attached to her hands and feet. Thus equipped, she climbed the ivory mountain with no trouble at all, because the spikes stuck into it and stopped her sliding back. When she was on top, she had more difficulty with the descent; the valley was a single enormous mirror. There were more than sixty thousand women gazing at themselves in it with the greatest pleasure. This mirror was two leagues across and six high, and each saw herself in it as she wished to be; redheads appeared blonde, brunettes had black hair, an old woman seemed young, a young woman never aged a day, and it hid all flaws so well that women came there from all four corners of the world. It would have made you die laughing to see the faces they pulled. Men were equally attracted; the mirror pleased them too. It gave some the appearance of a fine head of hair, to others more height, a martial air and better looks. They had no interest in the women, and the women didn’t care about them. The mountain had a thousand different names. Nobody had ever reached the summit, and when they saw Florine the ladies gave long cries of despair. “Where is that little idiot going?” they said. “She is probably wilful enough to walk on our mirror; at her first step she will shatter it”. They made a terrible noise.
La reine ne savait comment faire, car elle voyait un grand péril à descendre par là ; elle cassa un autre œuf, dont il sortit deux pigeons et un chariot, qui devint en même temps assez grand pour s’y placer commodément ; puis les pigeons descendirent doucement avec la reine, sans qu’il lui arrivât rien de fâcheux. Elle leur dit : « Mes petits amis, si vous vouliez me conduire jusqu’au lieu où le roi Charmant tient sa cour, vous n’obligeriez point une ingrate. » Les pigeons, civils et obéissants, ne s’arrêtèrent ni jour ni nuit qu’ils ne fussent arrivés aux portes de la ville. Florine descendit et leur donna à chacun un doux baiser plus estimable qu’une couronne.   The queen did not know what to do, because she could not see any safe way down. She broke another egg, from which emerged two pigeons and a chariot, which in a moment grew large enough for her to seat herself comfortably; then the pigeons went down gently with the queen, with no problems at all. She said to them “My little friends, I would not be ungrateful if you took me to the court of King Charming”. The pigeons were polite and obedient, and did not stop day or night until they arrived at the gates of the town. Florine got down and gave each of them a gentle kiss worth more than a crown.
Oh ! que le cœur lui battit en entrant ! elle se barbouilla le visage pour n’être point connue. Elle demanda aux passants où elle pouvait voir le roi. Quelques-uns se prirent à rire ! « Voir le roi ? lui dirent-ils ; oh ! que lui veux-tu, ma mie Souillon ? Va, va te décrasser, tu n’as pas les yeux assez bons pour voir un tel monarque. » La reine ne répondit rien : elle s’éloigna doucement et demanda encore à ceux qu’elle rencontra où elle se pourrait mettre pour voir le roi. « Il doit venir demain au temple avec la princesse Truitonne lui dit-on ; car enfin il consent à l’épouser. »   How her heart beat as she went in! She smeared her face with dirt so as not to be recognised. She asked passers-by where she could see the king. Some began to laugh. “See the king?” they said. “What do you want with him, dishrag? Go and clean yourself up, you’re not good enough to see such a monarch”. The queen did not answer; she softly walked off and again asked those she met where she could go to see the king. Somebody told her “Tomorrow he must go to the church with princess Troutlet, because he has finally agreed to marry her.”
Ciel ! quelle nouvelle ! Truitonne, l’indigne Truitonne sur le point d’épouser le roi ! Florine pensa mourir ; elle n’eut plus de force pour parler ni pour marcher : elle se mit sous une porte, assise sur des pierres, bien cachée de ses cheveux et de son chapeau de paille. « Infortunée que je suis ! disait-elle, je viens ici pour augmenter le triomphe de ma rivale et me rendre témoin de sa satisfaction ! C’était donc à cause d’elle que l’Oiseau Bleu cessa de me venir voir ! C’était pour ce petit monstre qu’il me faisait la plus cruelle de toutes les infidélités, pendant qu’abîmée dans la douleur je m’inquiétais pour la conservation de sa vie ! Le traître avait changé ; et, se souvenant moins de moi que s’il ne m’avait jamais vue, il me laissait le soin de m’affliger de sa trop longue absence, sans se soucier de la mienne. »   Heavens! What news! Troutlet, the unworthy Troutlet on the point of marrying the king! Florine thought she would die. She did not have the strength to speak or walk. She sat under a gate, on the stones, well hidden by her hair and her straw hat. “How unfortunate I am!” she said to herself. “It was because of her that the Blue Bird stopped coming to see me! It was for this little monster that he was so cruelly unfaithful to me while all the time, in the depths of my grief I worried about his safety! The traitor had changed sides and, thinking less of me than if he had never seen me, he left me to agonise about his long absence without worrying about mine.”
Quand on a beaucoup de chagrin, il est rare d’avoir bon appétit ; la reine chercha où se loger, et se coucha sans souper. Elle se leva avec le jour, elle courut au temple ; elle n’y entra qu’après avoir essuyé mille rebuffades des gardes et des soldats. Elle vit le trône du roi et celui de Truitonne, qu’on regardait déjà comme la reine. Quelle douleur pour une personne aussi tendre et aussi délicate que Florine ! Elle s’approcha du trône de sa rivale ; elle se tint debout, appuyée contre un pilier de marbre. Le roi vint le premier, plus beau et plus aimable qu’il eût été de sa vie. Truitonne parut ensuite, richement vêtue, et si laide, qu’elle en faisait peur. Elle regarda la reine en fronçant le sourcil. « Qui es-tu, lui dit-elle, pour oser t’approcher de mon excellente figure, et si près de mon trône d’or ?   People who are very sad seldom want to eat. The queen looked for a place to stay and went to bed without dinner. She got up at daybreak and ran to the church. She got in only after having been turned away a thousand times by guards and soldiers. She saw the king’s throne, and Troutlet’s. Troutlet was already treated as queen. What distress for someone as loving and delicate as Florine! She went up to her rival’s throne and stood leaning against a marble pillar. The king came in first, more handsome and lovable than ever. Then Troutlet appeared, richly dressed but fearfully ugly. She watched the queen, frowning. “Who are you,” she said, “who dares to come near to my excellent person and so close to my golden throne?”
- Je me nomme Mie-Souillon, répondit-elle ; je viens de loin pour vous vendre des raretés. » Elle fouilla aussitôt dans son sac de toile ; elle en tira des bracelets d’émeraude que le roi Charmant lui avait donnés. « Ho ! ho ! dit Truitonne, voilà de jolies verrines ; en veux-tu une pièce de cinq sous ?»   “My name is Dishrag”, she answered, “ and I have come from far away to sell you rare delights”. She dug in her cloth bag; she brought out the emerald bracelets that King Charming had given her. “Pretty toys”, said Troutlet, “will you take sixpence?”
Truitonne, qui aimait le roi plus tendrement qu’une telle bête n’en était capable, étant ravie de trouver des occasions de lui parler, s’avança jusqu’à son trône et lui montra les bracelets, le priant de lui dire son sentiment. A la vue de ces bracelets, il se souvint de ceux qu’il avait donnés à Florine ; il pâlit, il soupira, et fut longtemps sans répondre ; enfin, craignant qu’on ne s’aperçût de l’état où ses différentes pensées le réduisaient, il se fit un effort et lui répliqua :
« Ces bracelets valent, je crois, autant que mon royaume ; je pensais qu’il n’y en avait qu’une paire au monde, mais en voilà de semblables. »
  Troutlet, who loved the king as dearly as such a creature ever could, was delighted to find a reason to talk to him. She went to his throne and showed him the bracelets, asking him what he thought. At the sight of the bracelets, he remembered the ones he had given to Florine. He grew pale, sighed and took a long time to answer. At last, fearing that somebody would see the state to which these various thoughts reduced him, he made an effort and answered her:
“These bracelets are, I think, worth as much as my kingdom. I thought there was only one pair on in the world, but here is another.”
Truitonne revint de son trône, où elle avait moins bonne mine qu’une huître à l’écaille ; elle demanda à la reine combien, sans surfaire, elle voulait de ces bracelets.
« Vous auriez trop de peine à me les payer, madame, dit-elle ; il vaut mieux vous proposer un autre marché. Si vous me voulez procurer de coucher une nuit dans le cabinet des Echos qui est au palais du roi, je vous donnerai mes émeraudes.
- Je le veux bien, Mie-Souillon », dit Truitonne en riant comme une perdue et montrant des dents plus longues que les défenses d’un sanglier.
  Troutlet went back to her throne looking about as attractive as an oyster. She asked the queen how much, without overcharging, she wanted for the bracelets.
“My lady, you would find it too hard to pay me in money” she said. “It’s better if we barter. If you want to arrange for me to spend one night in the Room of Echos in the royal palace, I will give you the emeralds.”
“I certainly do want it, Dishrag” said Troutlet, laughing like a maniac and showing teeth as long as a boar’s tusks.
Le roi ne s’informa point d’où venaient ces bracelets, moins par indifférence pour celle qui les présentait (bien qu’elle ne fût guère propre à faire naître la curiosité), que par un éloignement invincible qu’il sentait pour Truitonne. Or, il est à propos qu’on sache que, pendant qu’il était Oiseau Bleu, il avait conté à la princesse qu’il y avait sous son appartement un cabinet, qu’on appelait le cabinet des Échos, qui était si ingénieusement fait, que tout ce qui s’y disait fort bas était entendu du roi lorsqu’il était couché dans sa chambre ; et, comme Florine voulait lui reprocher son infidélité, elle n’en avait point imaginé de meilleur moyen.   The king did not ask about the origin of the bracelets, not so much from indifference about the woman who had produced them (although she was scarcely somebody who would spark his curiosity) but because he couldn’t stand Troutlet. Now, it is worth mentioning that while he was the Blue Bird, he had told the princess that there was beneath his apartments a room, called the Room of Echos, which was so ingeniously made that every whisper was heard by the king when he was in bed; and as Florine wanted to reproach him for being unfaithful, she could not have thought of a better way to go about it.
On la mena dans le cabinet par ordre de Truitonne : elle commença ses plaintes et ses regrets. « Le malheur dont je voulais douter n’est que trop certain, cruel Oiseau Bleu ! dit-elle ; tu m’as oubliée, tu aimes mon indigne rivale ! Les bracelets que j’ai reçus de ta déloyale main n’ont pu me rappeler à ton souvenir, tant j’en suis éloignée ! » Alors les sanglots interrompirent ses paroles, et, quand elle eut assez de forces pour parler, elle se plaignit encore et continua jusqu’au jour. Les valets de chambre l’avaient entendue toute la nuit gémir et soupirer : ils le dirent à Truitonne, qui lui demanda quel tintamarre elle avait fait. La reine lui dit qu’elle dormait si bien, qu’ordinairement elle rêvait et qu’elle parlait très souvent haut. Pour le roi, il ne l’avait point entendue, par une fatalité étrange : c’est que, depuis qu’il avait aimé Florine, il ne pouvait plus dormir, et lorsqu’il se mettait au lit pour prendre quelque repos, on lui donnait de l’opium.   She was taken to the room by Troutlet’s order, and she began a long list of complaints and regrets. “I did not want to believe my misfortune but now it is only too certain, cruel Blue Bird!” she said. “You have forgotten me, you love my unworthy rival! You have forgotten me so completely that not even the sight of the bracelets I received from your disloyal hands brought me back into your thoughts.” Then her words were broken by sobs and, when she had the strength to continue, she carried on complaining out loud until daylight. The valets de chambre heard her all night groaning and sighing. They said so to Troutlet, who asked her about the racket she had been making. The queen said she had slept so well that usually she dreamed and often she spoke out loud. As fate would have it the king had heard nothing at all, because since he falling in love with Florine he had been unable to sleep, and when he went to bed he took opium.
La reine passa une partie du jour dans une étrange inquiétude. « S’il m’a entendue, disait-elle, se peut-il une indifférence plus cruelle ? S’il ne m’a pas entendue, que ferai-je pour parvenir à me faire entendre ? » Il fallait quelque chose qui piquât le goût de Truitonne : elle eut recours à ses œufs. Elle en cassa un ; aussitôt il en sortit un petit carrosse d’acier poli, garni d’or de rapport : il était attelé de six souris vertes, conduites par un raton couleur de rose, et le postillon, qui était aussi de famille ratonnière, était gris de lin. Il y avait dans ce carrosse quatre marionnettes plus fringantes et plus spirituelles que toutes celles qui paraissent aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent ; elles faisaient des choses surprenantes, particulièrement deux petites Égyptiennes qui, pour danser la sarabande et les passe-pieds, ne l’auraient pas cédé à Léance.   The queen was strangely uneasy for part of the day. “If he heard me”, she said to herself, “how could he be so cruelly indifferent? And if he didn’t hear me, what can I do to get myself heard?” She needed something to arouse Troutlet’s interest, and she turned to her eggs. She broke one and out came a little carriage of polished steel decorated with gold chasing. It was drawn by six green mice, driven by a young pink rat and the postilion, who was also of the rat family, was pale grey. There were four puppets in the coach, more dashing and witty than anything you might see at the fair of St Germain or St Laurent; they did remarkable things, especially the two little Egyptian girls who were the equal of Léance [celebrity dancer of the 17th century] when it came to dancing the sarabande and the passe-pieds.
La reine demeura ravie de ce nouveau chef-d’œuvre de l’art nécromancien ; elle ne dit mot jusqu’au soir, qui était l’heure que Truitonne allait à la promenade ; elle se mit dans une allée, faisant galoper ses souris, qui traînaient le carrosse, les ratons et les marionnettes. Cette nouveauté étonna si fort Truitonne, qu’elle s’écria deux ou trois fois :
« Mie-Souillon, Mie-Souillon, veux-tu cinq sous du carrosse et de ton attelage souriquois ?
- Demandez aux gens de lettres et aux docteurs de ce royaume, dit Florine, ce qu’une telle merveille peut valoir, et je m’en rapporterai à l’estimation du plus savant. »
  The queen was delighted with this new necromantic masterpiece. She did not say a word until the evening, which was the time Troutlet went for her walk. She made the mice draw the coach, rats and puppets along the avenue at a gallop. This novelty astonished Troutlet so much that she cried out two or three times:
“Dishrag, Dishrag, will you take sixpence for the carriage and your mouse team?”
“Ask the intellectuals and philosophers of the kingdom” said Florine “what such a marvel is worth, and I will accept the estimate of the wisest of them.”
Truitonne, qui était absolue en tout, lui répliqua : « Sans m’importuner plus longtemps de ta crasseuse présence, dis-m’en le prix.
- Dormir encore dans le cabinet des Échos, dit-elle, est tout ce que je demande.
- Va, pauvre bête, répliqua Truitonne, tu n’en seras pas refusée » ; et se tournant vers ses dames : « Voilà une sotte créature, dit-elle, de retirer si peu d’avantages de ses raretés. »
  Troutlet, autocratic as ever, replied “Don’t bother me any further with your filthy presence, tell me the price.”
“To sleep again in the Room of Echos” she said “is all I ask.”
“Done, poor fool” replied Troutlet. “you will not be turned away.” Turning to her ladies she said “This creature is an idiot to get so little in return for these curiosities”.
La nuit vint. Florine dit tout ce qu’elle put imaginer de plus tendre, et elle le dit aussi inutilement qu’elle l’avait déjà fait, parce que le roi ne manquait jamais de prendre son opium. Les valets de chambre disaient entre eux :
« Sans doute que cette paysanne est folle : qu’est-ce qu’elle raisonne toute la nuit ?
- Avec cela, disaient les autres, il ne laisse pas d’y avoir de l’esprit et de la passion dans ce qu’elle conte. »
  Night came. Florine said every loving word she could think of , but her words were just as useless as before, because the king always took his opium. The valets de chambre said to each other:
“She must be crazy to spend all night arguing with herself. ”
“Yes” said the others “but there's no lack of wit and passion in what she says.”
Elle attendait impatiemment le jour, pour voir quel effet ses discours auraient produit. « Quoi ! ce barbare est devenu sourd à ma voix ! disait-elle. Il n’entend plus sa chère Florine ? Ah ! quelle faiblesse de l’aimer encore ! que je mérite bien les marques de mépris qu’il me donne ! »
Mais elle y pensait inutilement, elle ne pouvait se guérir de sa tendresse. Il n’y avait plus qu’un œuf dans son sac dont elle dût espérer du secours ; elle le cassa : il en sortit un pâté de six oiseaux qui étaient bardés, cuits et fort bien apprêtés ; avec cela ils chantaient merveilleusement bien, disaient la bonne aventure, et savaient mieux la médecine qu’Esculape. La reine resta charmée d’une chose si admirable ; elle alla avec son pâté parlant dans l’antichambre de Truitonne.
  She waited impatiently for the day, to see the effect of what she had said. “Has this barbarian become deaf to the sound of my voice!” she said to herself. “Can he no longer hear his dear Florine? How weak I am to go on loving him! I’ deserve his disdain.”
But she thought in vain because there was no cure for her condition. There was only one more egg in her bag from which she could hope for rescue. She broke it, and out come a pie of six birds. Despite being covered over, heavily ornamented and cooked they still they sang wonderfully, told fortunes and knew more medicine than Aesculapius. The queen was delighted with such a marvellous object, and she took her talking pie to Troutlet’s reception room.
Comme elle attendait qu’elle passât, un des valets de chambre du roi s’approcha d’elle et lui dit :
« Ma Mie-Souillon, savez-vous bien que, si le roi ne prenait pas de l’opium pour dormir, vous l’étourdiriez assurément ? car vous jasez la nuit d’une manière surprenante. »
Florine ne s’étonna plus de ce qu’il ne l’avait pas entendue ; elle fouilla dans son sac et lui dit :
« Je crains si peu d’interrompre le repos du roi, que, si vous voulez ne point lui donner d’opium ce soir, en cas que je couche dans ce même cabinet, toutes ces perles et tous ces diamants seront pour vous. » Le valet de chambre y consentit et lui en donna sa parole.
 

While she waited for Troutlet, one of the valets de chambre to the king approached her and said:
“Dishrag, if the king did not take opium to help him sleep, you would certainly have deafened him. Because you chatter away amazingly, all night.”

Florine was no longer surprised that he had not heard her. She searched in her bag and told him:
“I am so little concerned about interrupting the king’s sleep that if I sleep in the same room tonight I’ll give you all these pearls and diamonds not to give him opium.”

A quelques moments de là, Truitonne vint ; elle aperçut la reine avec son pâté, qui feignait de le vouloir manger : « Que fais-tu là, Mie-Souillon ? lui dit-elle.
- Madame, répliqua Florine, je mange des astrologues, des musiciens et des médecins. »
En même temps tous les oiseaux se mettent à chanter plus mélodieusement que des sirènes ; puis ils s’écrièrent : « Donnez la pièce blanche et nous vous dirons votre bonne aventure. » Un canard, qui dominait, dit plus haut que les autres : « Can, can, can, je ,suis médecin, je guéris de tous les maux et de toute sorte de folie, hormis de celle d’amour. »
Blue Bird fairytale illustration A few moments later, Troutlet arrived. She saw the queen pretending to eat her pie. “What are you doing, Dishrag?” she said to her.
“My lady,” replied Florine “I am eating astrologers, musicians and doctors.”
At the same time, all the birds started to sing better than the Sirens, then they cried out “Cross our palm with silver and we will tell your fortune.” A duck, who was the leader, said louder than the others “Quack, quack, quack, I am a doctor, I can sure all illness and all sorts of madness except love.”
Truitonne, plus surprise de tant de merveilles qu’elle l’eût été de ses jours, jura « Par la vertu-chou, voilà un excellent pâté ! je le veux avoir ; çà, çà, Mie-SouilIon, que t’en donnerai-je ?
- Le prix ordinaire, dit-elle : coucher dans le cabinet des Échos, et rien davantage.
- Tiens, dit généreusement Truitonne (car elle était de belle humeur par l’acquisition d’un tel pâté), tu en auras une pistole. »
  Troutlet, more surprised by such marvels than ever in her life before, said “Good lord, that’s an excellent pie! I want it; Dishrag, what shall I give you?”
“The usual price” she said, “to sleep in the Room of Echos, and nothing more.”
“Well” said Troutlet generously (for she was in a good mood after acquiring such a pie) “you shall have a gold coin”.
Florine, plus contente qu’elle l’eût encore été, parce qu’elle espérait que le roi l’entendrait, se retira en la remerciant.
Dès que la nuit parut, elle se fit conduire dans le cabinet, souhaitant avec ardeur que le valet de chambre lui tînt parole, et qu’au lieu de donner de l’opium au roi il lui présentât quelque autre chose qui pût le tenir éveillé. Lorsqu’elle crut que chacun s’était endormi, elle commença ses plaintes ordinaires. « A combien de périls me suis-je exposée, disait-elle, pour te chercher, pendant que tu me fuis et que tu veux épouser Truitonne. Que t’ai-je donc fait, cruel, pour oublier tes serments ? Souviens-toi de ta métamorphose, de mes bontés, de nos tendres conversations. » Elle les répéta presque toutes, avec une mémoire qui prouvait assez que rien ne lui était plus cher que ce souvenir.
  Florine, happier than she had been yet, because she hoped the king would hear her, withdrew thanking her.
When night fell, she had herself taken to the room, hoping fervently that the valet de chambre would keep his word, and that instead of giving opium to the king he would offer him something which would keep him awake. When she thought everybody was asleep, she started her usual complaints. “How many risks have I run”, she said “to look for you while you fled from me and intend to marry Troutlet. What have I done, cruel man, that you forget what you swore to me? Remember your metamorphosis, my kind acts and our loving conversations.” She repeated nearly all of them, so accurately that it proved nothing was dearer to her than these memories.
Le roi ne dormait point, et il entendait si distinctement la voix de Florine et toutes ses paroles, qu’il ne pouvait comprendre d’où elles venaient ; mais son cœur, pénétré de tendresse, lui rappela si vivement l’idée de son incomparable princesse qu’il sentit sa séparation avec la même douleur qu’au moment où les couteaux l’avaient blessé sur le cyprès: « Ah ! princesse, dit-il, trop cruelle pour un amant qui vous adorait ! est-il possible que vous m’ayez sacrifié à nos communs ennemis ! »
Florine entendit ce qu’il disait, et ne manqua pas de lui répondre et de lui apprendre que, s’il voulait entretenir la Mie-Souillon, il serait éclairci de tous les mystères qu’il n’avait pu pénétrer jusqu’alors. A ces mots, le roi, impatient, appela un de ses valets de chambre et lui demanda s’il ne pouvait point trouver Mie-Souillon et l’amener. Le valet de chambre répliqua que rien n’était plus aisé, parce qu’elle couchait dans le cabinet des Échos.
 

The king was not sleeping, and he heard Florine’s voice and all her words distinctly but could not understand where they came from. His heart reminded him of his incomparable princess until the memory of separation was as painful as when the blades injured him on the cypress. “Oh, princess” he said “you were so cruel to a lover who adored you! How can you have sacrificed me to our common enemies!”

Florine heard what he said and answered, telling him that if he would like to speak with Dishrag it would clear up all the mystery. On hearing these words, the king impatiently called one of his valets de chambre and asked him to find Dishrag and bring her there. The valet de chambre answered that nothing was easier, because she was sleeping in the Room of Echos.

Le roi ne savait qu’imaginer. Quel moyen de croire qu’une si grande reine que Florine fût déguisée en souillon ? Et quel moyen de croire que Mie-Souillon eût la voix de la reine et sût des secrets si particuliers, à moins que ce ne fût elle-même ? Dans cette incertitude il se leva, et, s’habillant avec précipitation, il descendit par un degré dérobé dans le cabinet des Échos, dont la reine avait ôté la clef, mais le roi en avait une qui ouvrait toutes les portes du palais.   The king did not know what to think. How could he believe that such a great queen as Florine was disguised as a kitchen wench? But how could he believe that Dishrag spoke with the queen’s voice and knew such personal secrets, unless it was really her? In grave doubt he got up, hurriedly got dressed and went down a hidden staircase into the Room of Echos. The queen had taken the key but the king had one which opened all the doors in the palace.
Il la trouva avec une légère robe de taffetas blanc, qu’elle portait sous ses vilains habits ; ses beaux cheveux couvraient ses épaules ; elle était couchée sur un lit de repos, et une lampe un peu éloignée ne rendait qu’une lumière sombre. Le roi entra tout d’un coup ; et, son amour l’emportant sur son ressentiment, dès qu’il la reconnut il vint se jeter à ses pieds, il mouilla ses mains de ses larmes et pensa mourir de joie, de douleur et de mille pensées différentes qui lui passèrent en même temps dans l’esprit.   He found her wearing the thin dress of white taffeta she wore under her nasty outer clothes, her lovely hair down over her shoulders. She was lying on a couch in subdued light from a lamp a little distance away. The king rushed in and as soon as he recognised her, love got the better of resentment. He went and threw himself at her feet, wetting her hands with tears and thinking he might die of joy, pain and the thousand different thoughts he had in his mind all at the same time.
La reine ne demeura pas moins troublée ; son cœur se serra, elle pouvait à peine soupirer. Elle regardait fixement le roi sans lui rien dire ; et, quand elle eut la force de lui parler, le plaisir de le revoir lui fit oublier pour quelque temps les sujets de plainte qu’elle croyait avoir. Enfin, ils s’éclaircirent, ils se justifièrent ; leur tendresse se réveilla ; et tout ce qui les embarrassait, c’était la fée Soussio.   The queen was no less moved; her heart was ready to break and she could hardly breathe. She stared at the king without saying anything, and when she had the strength to speak, the pleasure of seeing him again made her forget her own resentment for a time. At last they cleared it up, they justified themselves, their love rekindled and the only cloud on the horizon was the fairy Soussio.
Mais dans ce moment, l’enchanteur, qui aimait le roi, arriva avec une fée fameuse : c’était justement celle qui donna les quatre œufs à Florine. L’enchanteur et la fée déclarèrent que, leur pouvoir étant uni en faveur du roi et de la reine, Soussio ne pouvait rien contre eux, et qu’ainsi leur mariage ne recevrait aucun retardement.   But at this moment the enchanter who loved the king, arrived with another famous fairy - the one who had given the four eggs to Florine. The enchanter and the fairy declared that with their powers united behind the king and the queen, Soussio could do nothing to harm them, so nothing need delay their marriage.

Il est aisé de se figurer la joie de ces deux jeunes amants : dès qu’il fut jour, on la publia dans tout le palais, et chacun était ravi de voir Florine. Ces nouvelles allèrent jusqu’à Truitonne ; elle accourut chez le roi ; quelle surprise d’y trouver sa belle rivale !

 

  You can imagine the joy of these two young lovers. As soon as it was light, the news spread throughout the palace and everybody was delighted to see Florine. When the news reached Troutlet she ran to the king; what a surprise to find her lovely rival already there!
Large White sow
Dès qu’elle voulut ouvrir la bouche pour lui dire des injures, l’enchanteur et la fée parurent, qui la métamorphosèrent en truie, afin qu’il lui restât au moins une partie de son nom et de son naturel grondeur. Elle s’enfuit toujours grognant jusque dans la basse-cour, où de longs éclats de rire que l’on fit sur elle achevèrent de la désespérer.   The moment she opened her mouth to insult her, the enchanter and the fairy appeared and turned her into a sow, so that she could keep at least part of her name and her natural bad temper. [Troutlet’s name in the original is Truitonne. Truite = trout, truie = sow, female pig]. She fled, grunting, to the courtyard, where the laughter of onlookers drove her to despair.
Le roi Charmant et la reine Florine, délivrés d’une personne si odieuse, ne pensèrent plus qu’à la fête de leurs noces ; la galanterie et la magnificence y parurent également ; il est aisé de juger de leur félicité, après de si longs malheurs.   King Charming and queen Florine, saved from such a hateful person, now thought only of their wedding, where chivalry vied with magnificence. After so many years of misfortune, you can just imagine how happy they were.
Medieval illumination of wedding party

 

 

 

 

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